Les Lauriers de l’Olympe, 1907· Voyages· Ravenne
Au bord de la Pineta
Pour Gérard d’Houville.
La chaude odeur des pins flotte dans le soleil.La mer soupire.Le golfe sous l’azur qui ruisselle est pareilAux criques festonnant les rives de l’Épire.
Les pommes doucement balancent aux rameauxÉtroits leurs cônes.La vague use sa soie à la dent des coraux.Le rivage est couvert de coquillages jaunes.
Aucun bruit sauf le rythme épars et cadencéDe l’eau bleuâtre.Un troupeau de moutons, près des flots dispersé,Broute paisiblement sous la garde du pâtre…
Au loin c’est le pays magique : l’Orient,La blonde Grèce,Les terrasses de fleurs le long du flot riant,Stamboul, la Corne d’Or, l’Asie et son ivresse.
C’est la mosquée à l’ombre dense, les cyprèsDardant leur flèche,Le cimetière blanc bordé d’un ruisseau frais,Le grenadier, le jujubier, le dattier rêche.
C’est l’existence close, invisible, et qu’un feuSecret dévore :Les loisirs du harem auprès d’un bassin bleuD’où le jet d’eau s’élance avec son bruit sonore.
C’est, dans l’ombre embaumée, autour de votre couDes bras de flammes ;Les longues siestes que réveillent tout à coupLes baisers savamment pervers des jeunes femmes.
C’est l’odeur de santal et la fauve saveurDes chairs pâméesSur les tapis épais ; c’est toute la ferveurDes caresses d’esclave et des lèvres d’almées…
Puis, au soir de la vie ardente, c’est la mortSans qu’on y pense ;L’escorte accompagnant le funèbre transport ;L’iman qui vous bénit et qui prie en silence.
Enfin, le tertre étroit dans les champs de repos,Pleins d’asphodèles,Où, prêtresses d’amour dont on fut le héros,Reviendront vous pleurer vos épouses fidèles.
40 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Lauriers de l’Olympe, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1907· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources