Les Lauriers de l’Olympe, 1907· La nature
Contraste
Pour Francis Chevassu.
L’heure est étincelante et douce.Sous les pins aux troncs fendillésIl flotte une odeur de fraisiersDont les fruits empourprent la mousse.
L’azur qui rit au ParthénonNe luit pas plus clair sur ses marbres…Le soleil fuit parmi les arbres,Et c’est une angoisse sans nom !
Une angoisse où tout le mystèreDu monde et du grand InconnuPerce dans le soupir venuDes abîmes profonds de la terre…
J’écoute et j’aime les émoisGermant de l’âme universelle,Et je sens mon cœur qui ruisselleDe la sève chaude des bois.
Je le sens, ce cœur, qui palpiteAvec la lyre des roseaux,L’essor rapide des oiseaux,Le col blanc de la marguerite ;
Qui bondit comme les grillonsDes prés tièdes dans ma poitrine :Campanule de la ravineSonne d’odorants carillons ;
Ou, sous les ailes de l’abeille.Se baigne, pâmé de chaleur,Au pollen sucré de la fleur,Et glisse en la clarté vermeille…
Mais soudain les bras de l’ÉtéOnt fermé sur moi leurs étreintes,Et je rêve des térébinthesDont l’Orient mol est planté,
A l’heure où le son des fontaines,Dans les jardins ombreux et clos,Charme l’amour et le reposDes sultanes assyriennes,
A l’heure, lourde comme un fruitD’orange sanguine et de datte,Où, sur la fraîcheur d’une natte,Loin du jour qui brasille et luit,
La créature terrassée,Avec le monde sans lien,N’a plus de vouloir et n’est rienQu’un être vide et sans pensée…
44 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Lauriers de l’Olympe, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1907· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources