Les Lauriers de l’Olympe, 1907· La nature
Esquisse
Pour Max Jasinski.
Mon Dieu, que ce jardin dans ses touffes de rosesEst brillant de soleil et lourd de volupté,Et que le dôme épais des hortensias rosesS’étale avec orgueil sous le dais de l’Été !
On entend fluer l’eau des vasques de porphyre,Et cet humide son ranime l’heure en feu.Sur un socle, Apollon, là-bas, semble sourireAux bourdons qui, légers, frôlent son front de Dieu.
Un mélange de fleurs, de sucs et d’aromatesSature l’air pâme d’ivresse et de chaleur,Et blancs bégonias, coléus écarlates,Rouges géraniums luttent tous de couleur.
C’est un tressaillement de guêpes et d’abeillesAutour des abricots plus dorés que le jour ;C’est un vol bienheureux sur les larges corbeillesDe pêches ; c’est un chant de débordant amour :
C’est la même Nature avec son abondanceDe sèves et de fruits, de verdures et d’ors…Mais comment revenir à ma première enfance,Jardin, pour vous goûter avec mes yeux d’alors ?
20 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Lauriers de l’Olympe, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1907· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources