Les Lauriers de l’Olympe, 1907· Voyages· Naples
Devant le golfe de Naples
Pour Jules Bois.
Golfe, je viens rêver devant ta courbe immense,Ta verdure et tes fleurs ;La moire de tes flots s’éploie et se balanceDans un jeu de couleurs.
L’antique Parthénope au bord de cette riveÉtage ses palais.Au loin Capri paraît mauve : Le soir arrive.Quel calme et quelle paix !
Les ombres de la nuit sur la mer qui sommeilleVeulent s’étendre en vain,Car l’onde, dans la nuit, reste toujours pareilleAu bleu du ciel divin.
Un vent salubre et sain heurte les maisons rosesDe la Marinella.Le Vésuve, là-bas, est tout jonché de rosesEt s’estompe déjà.
Les oiseaux se sont tus. Je pense à Lamartine.Neigeuse, au ras du flot,J’aperçois Procida, comme une perle fineQu’un satin souple enclôt.
Comment dire la tendre harmonie et les charmesDe ce site enchanté ?Que l’heure est merveilleuse ! Aux yeux montent des larmes.Bonheur et volupté !
L’âme est comme éperdue et le cœur en attente.Dans son souffle légerLa brise, par instants, apporte de SorrenteDes parfums d’oranger.
Plus doux que des baisers, vos noms sont sur ma bouche,Portici, Résina,Torre del Greco, puis, au pied du mont faroucheTorr’ Annunziata ;
Pompéi qui, caché dans ton écrin de pierre,Rêves à ton passé ;Vico, Campanella, sous vos collines fières,Au profil effacé.
Des femmes, près de moi, s’appuient à la terrasse ;Et parfois leurs regardsSe chargent de langueur en fixant dans l’espaceL’or des astres épars.
Mais aux plaines des cieux, clarté, tu t’étioles.O golfe, tu restreinsTa courbe et, tout à coup, fleuris des luciolesDe mille feux humains.
44 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Lauriers de l’Olympe, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1907· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources