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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Les Lauriers de l’Olympe, 1907· Voyages· Naples

Devant le tombeau de Virgile

Pierre de Bouchaud· 68 vers

Pour Henri Austruy.

Mantua me genuit, Calabri rapuere, tenet nunc
Parthenope ; cecini pascua, rura, duces.

Je veux entrelacer les myrtesAu noir feuillage du laurier,Puis suspendre au corail des syrtesLe rameau gris de l’olivier,

Virgile, et poser sur la tombe,Comme un trophée étincelant,Trois couples de blanches colombes,Des pipeaux, un agneau bêlant,

Pour charmer ton âme légèreQue vingt siècles n’ont pu vieillirEt ta source que rien n’altèreEt qu’on entend toujours jaillir.

Sous l’arbuste abritant ton cippeDe son mobile dôme vert,A la pointe du PausilippeTu dors en face de la mer.

L’antique MéditerranéeTe berce, depuis deux mille ans,Au rythme des hauts faits d’ÉnéeEt de ses compagnons errants.

Parfois des rives de l’Hellade,Délaissant le fier Parthénon,Un zéphyr sur les flots s’évade,Accourt et murmure ton nom.

Parfois, abandonnant l’Olympe,Jupiter, escorté des Dieux,A ta tombe où le lézard grimpeApporte son tribut pieux.

L’éther vibre à ses chants d’ivresses ;Sa voix remplit l’azur profond ;Et le jeune chœur des Déesses,Invisible et doux, lui répond.

Parfois le sol tremble et soupire,Et du mausolée où tu dors,Harmonieux, un son de lyreComme un souffle s’élève alors ;

Et soudain, écho de ta gloire,Ce son, par l’air émerveillé,Des hauteurs de ce promontoireSur l’Univers est effeuillé.

La troupe immortelle des MusesTe versa le nectar divin.Tu dis Pan, sa face camuse,Et tu surpris dans le ravin

Les ébats des Nymphes antiquesAvec les Sylvains maraudeurs,Ou contas dans tes bucoliquesLes belles amours des pasteurs.

Par toi la Nature eut une âme.Tu sus le langage des bois,Celui du ciel sombre ou de flamme.Les champs empruntèrent ta voix.

Mais si, d’un burin magnifique,Tu gravas en traits surhumainsLe Héros venu de l’AttiquePour être l’aïeul des Romains ;

Si tu narras ses longues guerres,Ses conquêtes et ses dangers,Et contre les Destins contrairesSes combats sans cesse engagés :

J’aime mieux, sous ce couchant roseDont si grande est la pureté,Et par ce soir d’apothéosePlein de calme et de majesté,

N’évoquer de toi, mon Virgile,Devant ces lauriers toujours fraisRegardant au loin la Sicile,Que le Poète de la Paix.

68 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Lauriers de l’Olympe, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1907· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources