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un seul est le mot juste.

Les Lauriers de l’Olympe, 1907· Voyages· Naples

Le Pausilippe

Pierre de Bouchaud· 88 vers

Pour Guido Menasci.

O Pausilippe, l’histoireGarde les noms glorieuxDe tes hôtes. Leur mémoireS’éternise dans ces lieux.

Romains épris du sourireDes cieux, des fleurs, de la mer ;Vieux chefs délaissant l’empirePour ton horizon si clair ;

Poètes que les ivressesDe ce site a transportés ;Penseurs chauffant leurs vieillessesA tes soleils enchantés ;

Matrone ou mère qu’attristeLa mort d’un être chériEt que ta douceur assisteEt que ton printemps guérit…

Que de gens se disputèrentLes places où leurs villasIci même s’élevèrentSous l’yeuse et les lilas !

Et comme, à travers les âges,Il me semble, par milliers,Les voir avec leurs visages,Avec leurs traits familiers !

Voici, dans son ample robe,Subtil artiste, esprit prompt,L’orateur qui se dérobeA la gloire : Cicéron.

A son retour de Carthage,Soldat que rien n’arrêta,Marius oublie en sageSylla captant Jugurtha.

Victorieux du pirate,Pompée, après un combat,Cingle vers ces lieux en hâteOù loin des camps il s’ébat.

Dans sa villa blanche et verte —Pausilypon, — Pollion,Chaque jour, tient table ouverte,Magnifique amphitryon.

Las de commander, AugusteVient y goûter le repos.On aime, on boit, on déguste :Le temps passe en gais propos.

Cependant, Xerxès en toge,Que Lucullus fait scierLa montagne, l’ouvre et logeEn ses flancs tout un vivier…

O villas, je crois surprendreDans vos vieux murs le passé !Sous ces myrtes d’un vert tendre,Il s’éveille, il s’est dressé !

Il prend la voix de Pétrone,De Sénèque ou d’Atticus.Pour lui parlent Suétone,Virgile, Horace et Florus.

Vos maîtres sont morts, vous-mêmes,Villas, rien n’a protégéVos murs de la fin suprême :Mais ces lieux n’ont pas changé !

Sur les anciennes demeuresD’autres s’élèvent encor.Pour elles naissent les heures,Les lauriers, les aubes d’or.

Sur un rocher qui surplombeLa mer, Rocca RomanaRêve, se pâme et succombeAu parfum du syringa.

Ici, telle qu’un navireDont l’étrave fend le flot,L’Auletta vit et respireLes parfums salés de l’eau.

Là, sous le cassis, la rose,Le cèdre et le mimosa,Rocca Matilda est roseDu soleil qui la baisa.

Et sous la liane folleL’enserrant, — tendre prison, —La Serra Marna s’isoleEn face de l’horizon…

Ainsi le vivant possèdeEt foule en riant la Mort ;Le siècle au siècle succèdeComme l’effort à l’effort :

Car le grand flux des annéesPlongeant la Vie au tombeau,Sur les pierres ruinéesFixe la Vie à nouveau.

88 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Lauriers de l’Olympe, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1907· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources