Les Lauriers de l’Olympe, 1907· L’amour
Élégie
Depuis le jour que, captif, je soupire.RONSARD.
Ah ! printemps parfumé de lavande et de roses,Que vous m’êtes mortel,Car vous ressuscitez maintes anciennes chosesDont vous fûtes l’autel !
Pourtant, je viens à vous, je viens à vous encore,Avec un cœur d’enfant,Ce même cœur jadis que vous fîtes écloreComme un lys triomphant.
Ah ! que vous me versez de baumes et d’essences,D’angoisse et de désirs,Avec vos fiers rejets, vos mille incandescences,Vos sèves, vos zéphyrs !
Et je retrouve, à voir les fleurs roses et blanchesQui baignent dans l’air pur,La même belle ardeur qui, pareille à vos branches,Me tendait vers l’azur.
Printemps, vous êtes là de nouveau pour une heure,Et puis vous partirez.Mais, hélas ! sans l’Amour dont je suis la demeureVous vous envolerez !
Et vous ne pourrez point bannir de ma mémoireLe visage si finQu’éclairaient deux grands yeux de rêve sous la gloireDes lourds cheveux châtains ;
Ni faire que ma lèvre à tout jamais oublieCette tendre saveurD’une bouche où je bus le miel et l’ambroisieDe la jeunesse en fleur…
C’est depuis ce moment de brèves allégresses,Printemps, que les retoursDe votre renouveau, que vos feux, vos caresses,Vos satins, vos velours,
Ravivent toujours plus ma blessure, et je pleure :Car la saison d’aimerÉvoque l’Oublieuse et fait revivre l’heureOù j’eus son seul baiser.
36 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Lauriers de l’Olympe, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1907· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources