Les Lauriers de l’Olympe, 1907· La nature
La souffrance cherchée
Pour Ph.-E. Glaser.
C’est un petit enclos couronné de rosiersOù l’Été joue avec ses flèches et ses flammes ;C’est un petit enclos à l’odeur de fraisiersOù le volubilis s’accroche aux jusquiames.
C’est un petit enclos plein d’orangers fleuris,D’ardents géraniums, de mauves balsamines ;D’où l’on entend la voix rauque de la perdrixDescendre doucement des prochaines collines.
On voit glisser sur les pelouses de satinDe souples écureuils à la queue en panache…Parfois un cri de biche et le son argentinDes clochettes au col d’une paisible vache.
Sur l’étang constellé de roses nénupharsS’entrechoque au soleil l’essaim des libellules…C’est un petit enclos strié de vols éparsD’oiseaux happant les moucherons des campanules.
La Vie avec bonheur et d’un pas alanguiChemine sur le sable éclatant des alléesEt me dit : « Le repos est là. Si l’heure fuit,Qu’importe ? N’es-tu pas à l’abri des mêlées ?
« Reste. J’offre l’oubli, l’allègement, la paixDans mon enceinte où règne un si calme silence ! »Hélas ! petit enclos, sous vos taillis épaisMon cœur éclaterait d’être ainsi sans souffrance !
24 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Lauriers de l’Olympe, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1907· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources