Les Lauriers de l’Olympe, 1907· L’amour
Éveil printanier
… alors
Que le printemps pousse les fleurs dehors…
L’an reprend sa jeunesse…RONSARD.
Les parfums sont si doux sur la terre endormieQu’il semble que mon cœurSoit l’urne qui recueille, absorbe et s’approprieLeur mortelle douceur.
Et je vais, incliné sur la terre amoureuse,Attentif à l’appelDes pivoines tendant sous le vent qui les creuseLeurs houppes vers le ciel.
Je vais. Je porte en moi les rythmes de la VieQui ranime les boisEt du lierre à l’ormeau, du chêne à l’ancolie,Palpite avec émoi.
O douceur !… et pourtant mon cœur souffre sans cause.Son inquiet désir,Malgré tes fleurs, Printemps, jamais ne se reposeNi ne peut se saisir.
Dans la joie ambiante il soupire, il s’élanceVers des cieux inconnus.Insensible à la paix, il scrute le silenceDes Paradis perdus.
Tandis que les oiseaux, pris de gaieté soudaine,Décrivent dans les airsDes entrelacs soyeux, il gémit, il se traîne,Lassé des rameaux verts ;
Ou, rapide, il se sent voler à votre suite,Ruisseaux éparpillés,Et qu’au trident des rocs l’élan fou précipiteEt rejette, broyés…
O mon cœur, quand tout brûle et renaît, restez sage !Lorsque l’on souffre ainsi,C’est que l’Amour vous cherche. Évitez son passage.Redoutez son souci.
Gardez-vous, gardez-vous de la terrible flèche.Car vous n’entendrez pasL’éther vibrer aux coups que son arc vous dépêche,Ni résonner ses pas.
Les traits que lance Éros demeurent invisibles.Ils sont dans ces reflets,Ils sont dans les parfums dont vous êtes la cible,Ils sont dans ces œillets !
Ils partent du coteau, du lac, du pré tranquille,Des champs, des alentours :Je vous plains si contre eux vous n’avez d’autre asileQue vous même toujours !
Car si l’ardent désir, qui rôde et vous harcèle,Attire à votre seuilLe Dieu, que pourra donc contre sa loi cruelleVotre inutile orgueil ?
48 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Lauriers de l’Olympe, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1907· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources