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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Les Lauriers de l’Olympe, 1907· Le jusant de la vie

Hymne a la vie

Pierre de Bouchaud· 54 vers

O le fort, l’enivrant, le bienheureux moment !…C’est un bonheur léger, c’est un enivrement,Un matin azuré comme un ciel de Sorrente,Un air où sont épars les senteurs de LépanteEt les aromes pris aux îles du Levant,Et qu’un tiède zéphyr éparpille en rêvant,Avec le chaud parfum des romarins d’AthènesEt du thym qui s’accroche aux remparts de Mycènes…Mon cœur, tout ébloui, se grise de beauté.Et je pense à l’exquise et troublante clartéDes fleurs qui s’entr’ouvraient sur les bords de NauplieComme des yeux d’amants à l’espoir, à la vie…

La lumière grandit dans le ciel, et le jourBrille ainsi qu’un visage où votre bouche, Amour,A posé sa caresse invisible et profonde.J’écoute avec émoi l’âme obscure du mondeAvec son rythme large en mon âme passer.Les palmiers, que parfois un souffle vient froisser,Agitent dans l’éther leurs éventails sonores,Et sur le sol, Phébus fécondant, que tu dores,Toute une sève ardente aux tiges des musasAfflue ou fait déjà s’ouvrir les mimosasEt presse sur le sein de Cybèle des roses,Des boutons d’orangers, des brins de lilas roses…L’atmosphère m’étreint et je sens sur mon frontSes mains tendres. Là-bas, dans l’herbe, un beau citronVient de tomber avec des bruits froissés de soie.Les mouches au soleil vrombissent. Tout est joie !…

Le regard suit la rive et son souple dessin.Cette colline en fleurs se gonfle comme un sein.Le flot dont doucement étincelle la moireVa de nouveau s’ouvrir devant Vénus. Victoire !Qui donc disait le temps des Dieux mort à jamais ?Pan demeure toujours dans les halliers épais.Écoutez, écoutez le rire aigu des FaunesD’acanthes couronnés, de lys, de pourpiers jaunes,Se mêler aux clameurs des Nymphes de ces bois.Tes Sirènes, ô Mer, chantent comme autrefois.Bacchus repose encor sous l’abri de la vigneSon rêve et ses désirs, et, sur la tête insigneD’Orphée, un vert laurier en couronne toujoursÉvoquera la lyre et de chastes amours…

Et cet instant brûlant, le charme de cette heure,Cette aurore, ce jour où la vie est meilleure,Ces flots semblant au loin s’unir à l’horizon,Ces jeux du chaud soleil au ciel, sur le gazon,

Ces éclairs de rayons traversant les espaces,Ces oiseaux fendant l’air, ces arbustes vivaces,Ces forêts, ces coteaux, ces parfums radieux :Que sont-ils donc, sinon les fiers présents des Dieux ?Comment dans le zéphyr penché sur ces corollesN’entendre point l’écho vivant de leurs parolesEt ne pas découvrir, parmi tant de beauté,Un reflet du bonheur de l’Éden apporté ?

54 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Lauriers de l’Olympe, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1907· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources