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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Les Lauriers de l’Olympe, 1907· La nature

Juin

Pierre de Bouchaud· 40 vers

Vous qui venez avec vos lys et vos glycinesEt vos milliers de fleurs ouvertes sous nos yeux,Et vos blés ondoyants comme l’eau des piscines,Et vos tilleuls baignés d’azur tendre et joyeux :

O Juin, ô mois du jeune Été, je vous adoreEt je plonge mon front dans vos parfums si doux,Et, comme l’altéré saisit la bonne amphore,Je vous presse en mes mains et ne veux plus que vous.

Si clair est votre ciel, si lisse la pelouseOù se posent vos pas de bel adolescent,Que mon âme est de l’une et de l’autre jalouse,Et que je souffre de vos regards aux passants !

Je souffre de vous voir jouer avec la lyreDu chêne par vos doigts tendrement effleuré,De tous les mots d’amour que vous aimez à direEt qui jettent l’amante aux bras de l’adoré.

Jeune Été, quand je vois les sanglantes pivoinesS’incliner devant vous avec ce chaud transport ;Quand je contemple au loin l’océan des avoinesQue votre haleine courbe ainsi que des flots d’or ;

Quand je sens sur mon sein votre tête amoureuseAvec ses jasmins blonds et ses géraniums,Ses ardents résédas, ses blanches tubéreusesEt la chair enroulée et pâle des arums ;

Quand, cheminant parfois sur les mousses rouillées,J’aspire avec émoi, dans l’après-midi lourd,Une odeur d’ombre et d’eau qui tombe des feuillées,Que soleil et rosée inondent tour à tour ;

Quand, enfin, je vous sais sur la terre endormieDans les tièdes gazons mollement étenduEt que j’entends partout palpiter votre vieDe jeune Dieu lascif, fier, adorable et nu :

Alors, j’écoute en moi soudain frémir la crainteDe l’heure, qu’un Destin du sombre sceau scella,Où je ne connaîtrai jamais plus votre étreinte,Où, moi mort, vous serez, jeune Été, toujours là.

Et déjà je devine, éparses sur ma lèvre,Les fleurs chaudes, les fleurs que vos pieuses mainsDispenseront, tandis qu’en sa couche funèbreCe cœur, qui vous aima, sera sans lendemains.

40 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Lauriers de l’Olympe, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1907· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources