Les Lauriers de l’Olympe, 1907· Le jusant de la vie
L’angoisse
Je ne sais pas pourquoi je souffre.Je souffre sans cesse. Pourquoi ?Violemment le chagrin s’engouffreComme un vent orageux en moi.
J’ai peur, oui ! j’ai peur de la VieEmbusquée au tournant des mois.Serai-je sa proie ? Oh ! j’envieL’insensibilité des bois…
La lyre de mon âme vibreSous le plectre aigu du Destin.Le temps coule avec la clepsydre…Ma peine aura-t-elle une fin ?
Verrai-je la pénible angoisse,A l’œil sombre, au rictus amer,Relâcher l’étau qui me froisse,Détendre un peu sa main de fer ?
Je souffre ! je souffre ! Mais l’hommePasse, en riant haut, son chemin.Oh ! s’il savait ma peine, commeIl me marquerait de dédain !
Comme il traiterait de futileCet émoi sans cause, ces pleurs,Ce courage qu’un rien mutile,Cette proie offerte aux douleurs,
Ce cœur saignant de solitude,Ce sein gonflé de trop d’amour,Et cette ardente inquiétude,Ma compagne de chaque jour !
28 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Lauriers de l’Olympe, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1907· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources