Les Lauriers de l’Olympe, 1907· Visions antiques
L’attente vaine
Pour Jean Finot.
Las d’une longue attente au carrefour désert,Pan, qu’entoure un silence environné d’abeilles,Sent la tristesse en lui monter comme une mer.
En vain jusqu’à sa bouche, en se courbant, les treillesInclinent le muscat aux graines de rubis,Et Pomone lui tend les fruits de ses corbeilles ;
En vain les blancs agneaux, les chèvres, les brebisVont entre ses genoux brouter le chèvrefeuille,Cependant que le lait s’échappe de leurs pis ;
En vain sous la forêt qui lentement s’effeuilleIl aperçoit, longeant le lac ovale et frais,La Vie au sein de lys qui rêve et se recueille.
Le Dieu reste insensible à tant d’heureuse paix,Et son front, que défend la lourde et double corne,Se tourne obstinément vers les chênes épais.
Le calme est infini et le hallier sans borne.L’oiseau glisse et s’ébat sous le dôme des cieux,Et Pan fixe toujours, là-bas, son regard morne.
Il n’entend pas, tout près, l’accent mystérieux,Les doux chuchotements, les soupirs de l’automneQui l’aime, le désire et l’appelle des yeux.
L’heure coule pour lui sans joie et monotone.La Nature et ses fleurs pour lui n’ont plus d’attraits.Son cœur est un jardin qu’un désert environne :
Depuis le jour lointain où sous les hauts cyprèsQui répandaient dans l’air des parfums de résine,Philis, dont un pudique émoi rosit les traits,
28 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Lauriers de l’Olympe, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1907· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources