Les Lauriers de l’Olympe, 1907· Visions antiques
L’hôte attendu
Pour Henri Brémond.
Puisque tu n’as jamais fléchi devant l’épreuve,Étranger ; à la source où le lâche s’abreuveD’amertume, de deuils, de désespoirs, de pleurs,Puisque tu n’as jamais su boire ; des malheursMéprisant la menace et dédaignant la serre,Puisque ton cœur fut droit, ta vie haute et sincère,Journellement pliée aux règles du devoir :Alors, à mon foyer sans crainte viens t’asseoir.Partage mon repas, tandis que des prairiesMonte la fraîcheur moite et les vignes fleuriesExhalent leur parfum si doux de réséda.Entre ! Deviens mon hôte, Ami cher, car voilàDe longs mois que j’aspire à l’heur de ta visite.Et le temps dont le vol, chaque jour, précipiteSon essor dans le gel, la pluie et le soleil,Les brumes de l’automne ou le printemps vermeil,Commençait à peser lourdement sur ma tête…
Lorsque tu m’apparus, à ta marche discrèteEt si noble pourtant ; à ton calme regardQui sur moi tout à coup arrêta par hasardSon chaud rayonnement, sa force, sa caresse ;A ta fierté, vertu de toute âme qu’oppresseL’amour de la Beauté, de l’Esprit et des Dieux :Je devinai soudain, Passant mystérieux,Le fils du grand héros venu de Thessalie,Qu’aucune attache au mal n’asservit et ne lieEt dont la main, domptant un cheval immortel,Guida son galop fou dans les plaines du ciel,Puis jusqu’à l’Empyrée où le Soleil s’embraseConduisit sans frémir l’éblouissant Pégase.
30 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Lauriers de l’Olympe, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1907· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources