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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Les Lauriers de l’Olympe, 1907· L’amour

L’aube

Pierre de Bouchaud· 32 vers

E l’alterezza tua sempre è piu chiara.MICHEL-ANGE.

L’aube point. Il fait doux et dans l’air qui frissonneLes arbres ont baigné leurs rameaux rajeunis.Il fait doux. On entend le jet d’eau monotoneMêler son bruit liquide au ramage des nids.

Il fait doux. C’est la paix encore sur la terre.L’âpre combat vital n’est pas recommencé,Car le sommeil retient dans son obscur mystèreL’homme encor sans vouloir, sans force et sans penser.

Mais voici s’animer, en la maison sonore,A l’appel des rayons nouveaux heurtant les murs,Les antiques portraits dans leur cadre que doreDoucement le matin, plus blond que des fruits mûrs.

Le vent qui s’insinue et se glisse aux fenêtres,Effleure, en soulevant à peine les rideaux,Les visages hautains et poudrés des ancêtresOu les pastels pâlis des dames en fourreaux.

Et dans l’aube versant sa paix silencieuseIl semble que l’on voit chaque profil glacéRevivre et chaque bouche, aimable ou dédaigneuse,S’entr’ouvrir pour répondre à la voix du passé.

Et Toi, dans ton grand lit où ta forme charmanteCreuse légèrement l’hermine des coussins,Avec tes lourds cheveux dont la tresse serpenteSur les draps de batiste et les lys de tes seins,

Ta face ovale et grave et qui, bien qu’endormie,Reflète les ardeurs d’un sang demeuré pur,Les mille passions d’une indomptable vieEt ses troubles désirs, brumes d’un ciel d’azur :

Tu rêves, floraison suprême de ta raceDont l’ensemble revit en ces portraits épars,Et, même en ton sommeil, tu sens que vers la grâceSe tourne obstinément le feu de leurs regards.

32 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Lauriers de l’Olympe, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1907· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources