Les Lauriers de l’Olympe, 1907· L’amour
Le vivant souvenir
Bonjour, mon cœur, bonjour, ma douce vie.RONSARD.
Sur le bassin où l’eau d’argent semble sourireA la main radieuse et douce du zéphireQui ride lentement le tain de son miroir,Penche ton cher visage. Alors tu pourras voirAu cristal de cette onde apparaître, lointaines,Les ombres du bonheur.Dans le son des fontainesTu pourras deviner comme un dernier échoDu chant d’Éros mêlant jadis sa voix au flotQui surgit de la vasque et sur les prés en penteTour à tour coule en flèche et tour à tour serpente.Reviens goûter encor la fraîcheur de ces lieux.Si ton amour n’est plus : qu’un souvenir pieuxLe fixe et l’éternise aux plis de ta mémoireEt pose sur ton front — tel un nimbe de gloire —Le diadème des tendresses du passé.Car, sache-le : rien ici-bas n’est effacéDes heures où notre âme à jamais s’est donnée ;Et quels que soient les coups de l’âpre Destinée,Ils ne pourront jamais faire que les momentsOù s’unirent la lèvre et le bras des amantsN’aient pas été.Cachée au fond de l’ombre ardente,Près de l’autel du temple enguirlandé de menthe,Respire le parfum de la Rose d’AmourQue l’épreuve, Borée ou les jeux tour à tourDes saisons sur ton sein charmant n’ont point flétrie,Et qui, forte toujours d’une indicible Vie, —Quand les fleurs et les fruits, lassés d’avoir vécu,Abandonnent la branche et jonchent le sol nu, —Élance dans ton âme, issus d’un noble sang,Ses jets épanouis mais toujours renaissant.
32 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Lauriers de l’Olympe, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1907· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources