Les Lauriers de l’Olympe, 1907· L’amour
L’automne et l’amour
C’est l’automne. Voici les glands aux pieds des chênes.Jamais ton souvenir ne me parut plus doux.Que n’es-tu là ! J’aurais autour de moi les chaînesDe tes bras caressants, près des miens tes genoux !
Pour toi j’offris à Pan des brins bleus de lavande,Je couronnai de thym les Tritons du jet d’eau,Et même, en ton honneur, j’osai faire une offrandeDe deux ramiers à la Naïade du ruisseau.
Est-ce ton ombre encor ou bien ta chair si tendreQui m’apparaît sous l’arc des raisins balancés ?Dans le souffle du vent je crois toujours entendreTon rire et sur ce flot voir tes traits purs tracés.
J’ai gardé le parfum de ta poitrine émueA la mienne appuyée avec tant de langueur.Ta fière image, avec l’automne revenue,Se penche doucement au miroir de mon cœur.
Sur le fuseau des pins qu’enguirlandent les roses,Le soleil qui se meurt s’accroche tout en sang.Bien-aimée aux doux yeux, que n’ai-je vos mains rosesPour y mettre mon front dans l’ombre frémissant ?
Voici les glands tombés dont les coques oliveSe fixaient sur la branche en leur ovale étui.C’est en un jour pareil que vous fûtes captiveDe l’Amour, car vos bras ont voulu mon appui…
Automne, éternisez à jamais ce prodigeD’un cœur où s’appuyer trouvant un autre cœur.Et vous, chênes, courbez, fléchissez votre tige,Pour voir sur cette écorce inscrit son nom de fleur.
28 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Lauriers de l’Olympe, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1907· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources