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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Les Lauriers de l’Olympe, 1907· Visions antiques

L’hymen de la nymphe

Pierre de Bouchaud· 49 vers

Pour Rémy de Gourmont.

Puisque le renouveau sur le tapis des présA jeté les crocus et les œillets pourprés,Viens ! nous allons gagner les bords de la rivièreOù déjà se déroule et grandit la fougère.Vois : le ciel nous sourit, et la jeune clartéCaresse tes cheveux, ton front ; sur ta beautéDépose en chauds rayons sa caresse amoureuse…Tout renaît. L’air frémit. La Nature est heureuse.Et les bourgeons gonflés, pleurs d’ambre, sur le solLaissent tomber leur sève et s’entr’ouvrent. Le volDes premiers martinets sillonne et fend l’espace,Comme pour saluer le Dieu Printemps qui passeDans son péplum brodé de verdure et de fleurs.Amandiers et pêchers, mariant leurs couleurs,Tracent à l’horizon des sillons blancs et roses.Et la Nymphe, quittant l’abri des grottes closes,Dans le lac solitaire ou la source d’argentDont l’eau s’égrène et fuit sur le coteau penchant,Vient baigner son corps souple et tremper son visage.Et le miroir liquide, avec le paysage,Réfléchit à la fois l’étincelant azur,Le corps nu de la vierge et son visage pur…Regarde ! on voit d’ici sa fine silhouetteEt, derrière un ormeau, le Satyre qui guette,Et, ne se sachant point par nos yeux épié,Va jouer du pipeau.Entends ! le chèvre-pied,Des roseaux géminés où courent ses doigts prestes,Tire une mélodie, et dans les sons agrestesLa Nymphe croit surprendre, attentive et rêvant,Un doux soupir d’amour que lui porte le vent…Et maintenant le chant a cessé. Le SatyreS’approche à pas furtifs ; il se glisse ; il s’étire,Et parfois dans la mousse étend son corps brûlant.Le voici qui se dresse. Il est tout près. FoulantDe son double sabot le gazon de la source,Rien ne peut enrayer l’irrésistible courseOù l’emporte le fier et redoutable AmourQui dans son cœur commande et règne sans retour.

Un bond ! Un cri plaintif et long. La Nymphe est prise.Déjà le ravisseur a sur la lèvre exquisePosé sa bouche ardente, et l’on sent palpiterContre le sein velu le beau corps velouté,Et fléchir peu à peu sous l’émoi de l’étreinte,La hanche convulsée où la trace est empreinteEncor des pleurs de l’eau, mais d’où l’on voit glisserLes gouttes d’un sang pur qu’Hymen vient de verser.

Et ce sang virginal dont l’herbe se coloreFait de pudeur rougir le jour comme une aurore.

49 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Lauriers de l’Olympe, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1907· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources