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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Les Lauriers de l’Olympe, 1907· L’amour

Un rêve

Pierre de Bouchaud· 32 vers

Parva, sed apta mihi, sed nulli obnoxia, sed non
Sordida, parta meo sed tamen ære, domus.(Inscription de l’Arioste sur sa maison de Ferrare).

J’évoque un cher logis où les souffles du largeEntreraient tout le jour dans un grand vol salin,Où l’on n’apercevrait pas le ciel qui se chargeDe vapeurs que l’éclair va sillonner soudain.

Il ferait toujours bon sous le dais des glycinesQui, comme un store vert, abriterait le seuil.J’évoque un cher logis fleuri de capucinesEt qui s’appellerait : Chalet du Bon Accueil.

On entendrait heurter, comme des mains joyeuses,Les tentes de coutil sur le dossier des bancs,Tandis qu’avec douceur haletteraient les yeusesOù la brise jouerait ainsi qu’en des haubans.

La grande voix des mers monterait à l’auroreSaluer les murs blancs sur la dune élevés ;Le soir, la même voix les bercerait encore,La vôtre, vastes flots qui toujours émouvez.

Les heures couleraient sans crainte et sans secousse,Sans trouble et sans ennuis, au sablier du Temps.J’évoque le logis de l’existence douce,De la bonne accalmie et des heureux instants ;

L’asile du travail, des pensers et des rêves,L’atelier de l’espoir, l’abri capitonnéOù l’épreuve et ses traits, les soucis et leurs glaivesN’oseraient diriger leur essaim acharné.

Mais l’huis s’ouvrirait grand à toutes les misères,Aux cœurs tristes et las et blessés par l’Amour,A tous ceux que la Vie a meurtris dans ses serres,Aux malheureux fuyant l’éclat trop beau du jour.

Et ce serait très doux, enlaçant votre épaule,Chérie, et secondant votre bonne pitié,De ravir un moment le malheur à sa geôleEt d’en être par vos tendres baisers payé.

32 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Lauriers de l’Olympe, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1907· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources