Les Lauriers de l’Olympe, 1907· Voyages· Naples
Le château de l’œuf
Pour le Comte de Sebeville.
Sur la petite île rocheuseDont la mer assiège toujoursLes bords, ourlet de conque creuse,Le grand château dresse ses tours.
Il est vieux comme les légendes ;Ses murs sont pleins de nids d’oiseaux ;Mais sur eux le lierre en guirlandesAccroche ses mille réseaux.
Et l’aile blanche des colombesQui palpite aux machicoulisChange en rêves la voix des tombes,Fait succéder au sang les lys.
Il trembla sous le choc des sièges,Connut les horreurs de l’assaut ;Sur la victime prise au piège,Il se ferma comme un lasso.
Dans une lutte meurtrière,Il vit, esclave du Destin,La reine Jeanne prisonnièreDu roi Charle au profil hautain.
Plus tard, au cours de siècles sombres,L’âpre rafale des combatsRecouvrit le sol des décombresDe murs qu’on voulait jeter bas.
Pourtant les solides arêtesRésistèrent à l’ouragan,Comme sur un mont les fleurettesBravent la colère du vent.
Mais si, de nos jours, la poterne,Résonnant aux coups de clairon,Voit déboucher de la caserneLes soldats, par quatre de front,
Je regrette, hélas ! la chapelleOù le bon peintre GiottoPeignit, auprès d’un Jésus frêle,La Madone dans son manteau…
36 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Lauriers de l’Olympe, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1907· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources