Les Lauriers de l’Olympe, 1907· Voyages· Naples
« O Naples, que ton golfe est beau ! Que ton rivage »
Au marquis Paulucci di Calboli.
O Naples, que ton golfe est beau ! Que ton rivageS’incline avec douceur sur les bords de ta mer !L’écume des flots bleus, en mourant sur la plage,Y laisse des festons de nacre et d’argent clair.Jamais comme en ces lieux la MéditerranéeNe parut plus limpide et d’un azur plus doux,Et la chanson du flot où naviguait ÉnéeN’atteignit à ce charme admirable entre tous.Ah ! l’on respire ici l’allégresse de vivre,L’oubli de la tristesse et le bonheur ailé !Au rythme des lauriers le cœur s’ouvre et s’enivreD’un espoir débordant et de joie étoilé…Je t’adore, vois-tu, pour ta race bruyante,Pour ce peuple en haillons, mais vêtu de soleil,Dont le désir naïf tour à tour s’orienteVers la Madone, Éros, le meurtre ou le sommeil.Ton port est parfumé de senteurs balsamiquesSe mêlant à l’odeur si saine du goudronQui reluit sur les flancs des hauts transatlantiques.Des mouettes, points neigeux, au loin volent en rond…Et dans le grouillement de ta nerveuse race,Sous tes coupoles d’or ou de cuivre émaillé,On évoque parfois, au delà de l’espace,Gisant dans la chaleur sur un sol fendillé,Arrogante et farouche, une cité d’Espagne,Ou, près du flot brûlant, la ville de Tanger…Et l’on est tout ému, car peu à peu vous gagneLa fièvre de partir, de voir, de voyager.
28 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Lauriers de l’Olympe, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1907· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources