Les Lauriers de l’Olympe, 1907· Voyages· Naples
Le mausolée du poète Sannazar
(ÉGLISE DE SANTA MARIA DEL PARTO)
Pour Emmanuel des Essarts.
Maroni… Musa proximus ut tumulo.BEMBO.
O Sannazar, poète, émule de Virgile,Qui chantais, sur la lyre heptacorde autrefois,En rythmes inspirés des idylles, ta voix,Malgré l’homme oublieux, voltige en cet asile.
Les échos de tes vers, essaim d’abeilles d’or,Résonnent en ce lieu dans leurs grâces légères,Comme en ton Arcadie où bergers et bergèresÉcoutent leur pœans frapper les airs encor.
Sur tes restes voici les Dieux Pan et Neptune.Entends-tu résonner le luth des chèvres-pieds ?Pour charmer ton sommeil les Nymphes des halliersDansent en rond, comme la nuit au clair de lune.
La grâce qui fleurit tes poèmes jadis,Vois ! elle resplendit dans le corps de ces Faunes.Et l’on croirait entendre, à l’ombre des grands aulnes,Sur l’herbe soupirer la douce Amaryllis…
Maître, ton œuvre évoque un temps où les poètesAu courage guerrier alliaient le savoir,Abandonnaient l’églogue et volaient au devoir,Puis retrouvaient la Muse au sortir des conquêtes.
Ton ouvre évoque un siècle où l’on rendait honneurAux Lettres qui charmaient alors le cœur des hommes,Le siècle où Pontanus donnait aux axiomesDu Sage un tour léger, une grâce de fleur ;
L’âge des entretiens doctes d’académie,Pleins de verve, d’esprit, de charme et de clarté,Où dans la controverse un peu de libertéMettait le sel latin d’une fine ironie.
Sannazar, je salue en toi ces jours heureux.Ton talent se complut à de tendres poèmesQui tous en ton pays brillaient comme des gemmes.Mais qu’importe la Mort puisque tu vis par eux !
Oui, qu’importe la Mort si tes vers et ce templeAvec le beau génie éternisent le nomD’un poète et du roi Frédéric d’Aragon !Qu’un même souvenir en mon cœur vous rassemble !
Puisque, resté servant du prince, ami pieux,En France tu suivis sa cruelle FortuneEt que, loin de montrer que l’exil t’importune,Tu soutins son courage et lui fermas les yeux.
Et c’est pourquoi je veux exalter ta mémoire,O Maître qui, marqué du sceau des grands Destins,Délaissas par vertu les cieux napolitainsOù s’épanouissait comme un laurier ta gloire :
O Toi qui dans ta vie, avec intégrité,Unis, sans te lasser, l’amour au stoïcisme,Les grâces de l’esprit aux fleurs de l’humanisme,Les dons virgiliens à la fidélité.
48 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Lauriers de l’Olympe, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1907· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources