Les Lauriers de l’Olympe, 1907· L’amour
Le salut a l’amour
Amore sveglia, e muove, e impenna l’ale
Per alto volo…MICHEL-ANGE.
Amour, je connais trop votre brûlante forcePour tenter de m’enfuir lorsque vous revenez.Comme la sève coule à grands flots sous l’écorceEn avril, mon sang court plus vif : vous l’entraînez !
Vous voici de nouveau près de moi. Je me presseContre votre sein fier qui bat contre mon cœur.Vous n’êtes plus le Dieu qui combat et qui blesse,Et vous demeurez doux en restant mon vainqueur.
Je revois, plein de trouble, Amour, votre visagePenché contre le mien pour une fois encor.Votre lèvre a touché ma lèvre. Votre imageRemplit mes yeux. Voilà votre simarre d’or,
Les colliers de rubis cerclant votre col pâle,Et l’anneau précieux qu’un jour je vous donnai,Et les bracelets fins, et, tiare sans égale,Le lys en diamant dont vous êtes orné.
Vous savez bien sans vous que je ne saurais vivre.Lorsque l’on a connu vos chaînes, vos appas,Se peut-il qu’on oublie et que l’on se délivreEt qu’à tous les instants on ne vous veuille pas ?
Ah ! bel Amour, comment vous refuser mon âme ?Elle est à vous, depuis toujours elle est à vous !Elle ne vit que réchauffée à votre flammeEt vous restez le Dieu qu’elle adore à genoux.
Ah ! mettez sur mon front vos mains tièdes et lisses.Caressez longuement mes tempes, mes cheveux.Soyez comme autrefois ma joie et mes délices,Mon ivresse, mon but et l’objet de mes vœux.
Demeurez près de moi. Que longtemps je respireL’air si pur qui passa sur votre bouche en fleur.Il ne faut plus vous éloigner sans me le dire.Que n’êtes-vous oiseau ? Que ne suis-je oiseleur ?
Demeurez près de moi ou bien prenez ma vie ;Prenez ma vie, emportez-la dans votre vol ;Effeuillez-la dans l’air ou dans l’herbe fleurie,Ou, d’un geste attendri, brisez-la sur le sol :
Mais ne me laissez pas de nouveau solitaire,Plus triste que le deuil, plus faible qu’un roseau.Sans votre appui je ne peux supporter la terreEt je n’aspire alors qu’aux ombres du tombeau :
Car rien n’apaisera ma soif de votre étreinte,Amour, si ce n’est vous, et rien ne guériraLe désir d’infini dont mon âme est atteinte,Si ce n’est le repos et l’oubli dans vos bras.
44 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Lauriers de l’Olympe, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1907· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources