Les Lauriers de l’Olympe, 1907· Voyages· Florence
Les cyprès florentins
Pour madame Hugo Finaly.
Florence, tes cyprès, qu’ils sont doux à mon cœur !…Ils bordent par milliers ta corbeille fleurie,Sveltes fuseaux dressés dans leur jeune vigueurSur les coteaux, les parcs ombreux et les prairies.Qu’ils sont majestueux, alors que le matinTriomphe de la nuit ; quand une opale brumeVient s’enrouler, parmi des senteurs de sainfoin,A leurs cônes aigus ; qu’à l’aube le sol fumeEt que les papillons voltigent dans le thym…
Quels chers moments passés près de leur ombre denseA contempler, des bords d’un jardin enchanté,Comme des diamants dans un écrin, Florence,Tes dômes, tes palais, ton luxe et ta beauté !
Le regard suit partout leurs fûts beaux et suavesQu’évoqua si souvent la main des Gozzolis,Sur les rochers, au fond d’un val, le long des gaves,Dans l’ondulation de tes lointains jolis…Ils sont sereins et fiers, sans ténébreux mystère.Ils n’évoquent jamais, tels qu’aux pays du Nord,L’épreuve, les chagrins, la tristesse, l’austèreEt le sombre cortège où se complaît la Mort.Ils s’adaptent, serrés dans leur gaine émeraudeDont rien ne peut ternir les éclats toujours vifs,Au cirque où l’horizon de tes monts s’échafaudeComme aux triptyques d’or de tes vieux Primitifs.
Sur les collines d’où Poggio ImperialeVoit s’écouler au loin l’Arno couleur de miel,La file des cyprès égaux et droits s’étale,Laissant par leurs créneaux passer des pans de ciel.La brise, qui les frôle avec un bruit de lyre,En courbe doucement le branchage effilé.Ils aiment les jeux d’eau des bassins où se mireLeur tronc que la glycine et le lierre ont voilé.
Lorsque le soir, vêtu de gaze violette,Efface les reflets du ciel rouge dans l’eau,Sous l’écrin velouté de la nuit qui les guette,Leur feu vert brille encore au crêt de maint coteau.Et dans l’harmonieuse ardeur du crépusculePar les cloches du soir suavement baisé,Ils soupirent, devant la clarté qui recule,Comme une âme qu’oppresse un beau rêve brisé.
Florence — Villa Landau. — Décembre 1906.
41 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Lauriers de l’Olympe, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1907· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources