Les Lauriers de l’Olympe, 1907· Voyages· Florence
Stances florentines
Pour Gabriele d’Annunzio.
O Patria, degna di trionfal fama,
De’ magnanimi madre !…DANTE.
O Florence, ton ciel, ton site et les collinesSont si chers à mon cœur qu’il souffre loin de toi.J’éprouve à t’adorer le même chaste émoiQu’un fidèle devant les images divines.
Mon culte est fait aussi de tendresse et d’amour.Je voudrais te presser, comme une jeune femme,Sur mon sein, pour sentir la chaleur de ton âmeSe mêler à la mienne et s’unir sans retour.
Devant tant de ferveur, que pourront les années,Sinon accroître encor mon éperdu désir ?Ah ! je ne pourrai plus jamais me ressaisir…Qu’importe ? Je suis tien, et c’est ma destinée.
Ils sont enclos en moi, tes horizons si doux…Tel un amant cachant les traits de son amie :Nul ne peut deviner qu’une image chérieEst là, près de son cœur, quoique invisible à tous.
Car plus l’amour est grand et plus il dissimuleSous un masque glacé son épuisante ardeurEt plus il a d’éclat, plus il met de pudeurA ne rien laisser voir des flammes dont il brûle.
Mais j’aurai dans les yeux, au terme de mes jours,Quand l’ange du repos me prendra sur son aile,Ainsi qu’une lueur qui du couchant ruisselle,Ta pure vision qui m’enivra toujours.
Et la Mort sera douce à mon heure dernière,Si je puis évoquer ton vivant souvenirPour t’admirer encore avant de m’endormirA jamais aux reflets bénis de ta lumière.
28 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Lauriers de l’Olympe, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1907· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources