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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Les Lauriers de l’Olympe, 1907· Voyages· Naples

Rêverie

Pierre de Bouchaud· 41 vers

Pour Léon Rosenthal.

Une ardente chaleur se répand sur la terre…Ton site est fait d’azur, de joie et de mystère,Naples ! je vois le flot rapide et sautillantComme un follet heurter la plage en babillant.Les îles, l’horizon, les montagnes de neige,Le rempart des coteaux qui du froid te protège,Revêtent des couleurs chaudes. Tout resplendit.Le sol moite respire et boit l’air attiédi.Les cactus ont ouvert leur cloche aux tons d’aurores.De la Félicité les mille voix sonores,Vents, oiseaux, arbres, fleurs, vagues de l’océan,Ville, golfe, pays et Vésuve géant,Ont d’aussi beaux accents que ceux des Solitudes.O pureté du ciel ! O calme ! O quiétude !

J’aperçois le miroir de l’abîme jonchéD’herbes dont chaque brin par la mer est léché.Clarté se dissolvant en averses d’étoiles,Le flot meurt à présent sur la grève. Des voilesPassent, berceaux flottants, puis s’égrènent au loin,Et l’angélique exhale une odeur de benjoin…Je suis là, solitaire, et m’assieds sur le sable.Quelle beauté partout ! Midi, l’heure admirable,Donne aux éclairs de l’onde une étrange splendeur.Sous le rayon qui plonge en elle son ardeur,La mer en mouvements précis monte ou s’élèveEt, souriant au ciel, harmonieuse, rêve.Les affres de la vie ont fui. Le désespoirAu lac du souvenir ne semble plus se voir.Le Sage, en cet instant, sur lui-même se leurreEt marche couronné de paix intérieure…Mon âme, dans un lieu si tranquille et si doux,Sent ses émois se fondre, au sein des airs dissous.L’heure passe !…Oh ! que n’ai-je un char tout en nuées ?Je voguerais parmi les ondes remuéesDe l’éther et, poussé par l’haleine du vent,Je te suivrais, - bien loin du monde décevantOù l’ombre, chaque nuit, de son écharpe noireVoile le front du jour et lui ravit sa gloire,Dans ta marche à travers l’espace illimité,Astre de feu, Soleil, toute une éternité !

41 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Lauriers de l’Olympe, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1907· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources