Les Lauriers de l’Olympe, 1907· L’amour
Souvenance
Non passo notte mai, non passa giorno
Ch’ io non ti scorga e senta con la mente.MICHEL-ANGE.
Puisque sans bruit, ce soir, à mes côtés, Tristesse,Vous venez vous asseoir,Et puisque votre main sur mon front las abaisseUn épais bandeau noir :
Parlez-moi longuement, alors, parlez-moi d’Elle.Puis-je espérer encorQue, gardant du passé le souvenir fidèle,Son amour n’est point mort ?
Dites si dans la joie, hélas ! l’ingrate oublieQu’un jour Elle m’offritSa lèvre et que le Temps en nul lieu ne délieDeux cœurs qu’Éros chérit.
Voudrait-elle, abhorrant l’aveu qui l’importune,Revenir sur le donDe son âme, suivi dans la charmille bruneD’un troublant abandon ?
Non, non, quoiqu’un Destin ait séparé nos vies,Elle ne pourra pasEffacer de son sein nos images uniesComme jadis nos bras.
Et ce soir même encor, ici, je crois entendre— Cher écho d’autrefoisApporté par le vent mystérieux et tendre —Ses soupirs et sa voix…
Mais voici sur mon front une caresse douce,Sur ma bouche un baiser.O Tristesse, c’est vous, quand l’Amour me repousse,Qui voulez m’apaiser,
Et qui, tout contre vous pressant un peu ma têteLourde de souvenir,Au visage adoré dans votre âme muetteVenez me réunir.
32 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Lauriers de l’Olympe, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1907· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources