Les Mirages, 1897· L’âme
Amour fleuri
A monsieur Henri Chantavoine.
MAGNOLIAS, magnolias et marjolainesÉpanouis aux caresses du jour,Vous qui baignez de vos fraîches haleines.Les lieux charmants où se complaît l’Amour !
Magnolias, laissez tomber vos ombres douces,Fraîche oasis des pauvres cœurs lassés ;Inclinez-vous sur la moire des mousses,Versez l’oubli des trop cruels Passés.
Et vous, calices fins des marjolaines puresDont la rosée avive les couleurs,Atténuez l’épreuve et ses blessures,Poétisez et parfumez les pleurs.
Cependant que la foule ardente, inassouvie,Va se ruer à l’étal des plaisirs,O chères fleurs, je vous donne ma vieEt mets en vous seules tous mes désirs.
Épandez le nectar de vos chastes ivressesQui font s’enfuir les chagrins importuns,O Fleurs, enivrez-moi de vos tendresses !O Fleurs, imprégnez- moi de vos parfums.
20 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Mirages, Lyon, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1897· numérisation books.google.com· Sources