Les Mirages, 1897· L’âme
Félicité perdue
A Gabriel Gerin.
VOUS erriez altéré sur le sable brûlantDu désert de la gloire ;Je vous donnai mon âme, et comme au flot tremblantD’une source ombragée où l’on s’arrête à boire,Vous y vîntes goûter un amour consolant.
Puis vous avez quitté cette source limpideSans lui crier : Merci !Le cristal de son onde, alors pur et lucide,Se trouble maintenant comme un ciel obscurci.Les fleurs n’éclosent plus dans la clairière aride.
Je vous donnai mon âme et j’en ouvris pour vousLes sources de tendresses ;Je croyais à l’amour, l’avenir était doux.Et mon cœur, oubliant que veillent les détresses,Se moquait des malheurs et les défiait tous.
Ils sont venus pourtant, et voici que je pleureMon beau rêve écroulé ;Les jours sont pleins de nuit, d’amertume et de leurre,Car avec vous, ingrat, l’Espoir s’en est allé.Mais je vous aimerai jusqu’à ma dernière heure.
20 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Mirages, Lyon, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1897· numérisation books.google.com· Sources