Les Mirages, 1897· L’âme
Après l’amour
A Henri Giraud.
SI la source des pleurs de tendresse est tarie,Nous garderons, du moins, la douceur des baisersDont les chers souvenirs, toujours plus apaisés,Reviendront étoiler nos deux cœurs, ma chérie.
Qu’importent à l’amour le temps et la durée ?Il est de douces fleurs qui ne vivent qu’un jour,Naissant avec l’aurore et, le soir, sans retourSemant sur le gazon leur dépouille sacrée.
L’arc-en-ciel éclatant qui les vêtait de grâceA disparu. Leurs frais pétales sont meurtris ;Mais le passant peut voir encor leur colorisMettre au bord des sentiers une dernière trace.
Ainsi de nos serments. Quand les flammes suprêmesOnt déserté le ciel de notre ancien désir,Nous en pouvons toujours suivre sans déplaisirLes sillons éclatants au profond de nous-mêmes.
L’existence, après tout, ne fut pas embrumée,Qui nous permit de faire un moment, ici- bas,La route ensemble et de marcher du même pas :Car le bonheur pour moi c’est de t’avoir aimée.
20 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Mirages, Lyon, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1897· numérisation books.google.com· Sources