Les Mirages, 1897· L’âme
Le souvenir
A monsieur Ch. Dejob.
LE Temps, dans sa course rapide,Au sein des brumes de l’oubli,Anéantit et dilapideCe qu’il a jadis établi.
Hélas ! en lui rien ne demeureDes rêves qu’on fit autrefois ;Il mène par la main le leurre,Dévore les jours et les mois.
Il jette avec indifférenceAu gouffre profond du néantL’amitié, l’amour, l’espérance,Chaque projet humble ou géant.
Il s’attaque aux plus belles choses,Corrompt l’essence ou le parfum,Dessèche pervenches et roses :Tout subit son règne importun.
Et dans les plis du Passé sombreQui fut naguère l’Avenir,Il ne laisserait que de l’ombreSi l’on n’avait le Souvenir.
20 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Mirages, Lyon, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1897· numérisation books.google.com· Sources