Les Mirages, 1897· L’âme
La mort des roses
A Sylvain de Saulnay.
O Roses, vous tombez en d’étranges langueursSous les baisers d’adieu des crépuscules pâles.Languissamment pâmés, aux étreintes fatalesDes rayons du couchant se flétrissent vos cœurs.
Et jusques à la fin, ô fleurs, vos remembrancesRacontent en parfums pleins d’exquises douceurs,Aux œillets, aux jasmins, aux menthes, à vos sœurs,Le poème embaumé des grandes espérances.
Loin de craindre l’angoisse et l’heure du trépas,Comme des papillons légers vos purs calicesLaissent suavement tomber leurs ailes lissesSur le sol, fin tapis où s’étouffent les pas.
Tandis que vous rendez au silence vos âmes,La nuit répand sur vous ses ombres de veloursEt berce emmi les pans de son voile aux plis lourdsVotre lente agonie et ses suprêmes flammes.
Qu’ainsi, sans lâche effroi, sans peine et sans effort,Au déclin de mes jours s’exhale, un soir, ma vie ;Qu’elle s’endorme chaste, odorante et ravie,Roses, dans la charmante paix de votre mort.
20 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Mirages, Lyon, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1897· numérisation books.google.com· Sources