Les Mirages, 1897· Chants de la nature
Aube vespérale
A Lucien Paté.
LE couchant est d’or pourpre. Au clair cristal de l’ondeLe cytise fleuri mire sa grappe blonde.L’orgue de la forêt soupire au vent du soir.On entend des bruits d’aile au fond du taillis noir.Sur un ajonc flexible un pinson chante encoreComme pour saluer cette suprême AuroreEmbrasant la Nature au début de la nuit,Tandis que le soleil à l’occident s’enfuit.
A l’air lourd de pollen flottent des senteurs douces.Les cerfs, marchant sans bruit sur la moire des mousses,Viennent boire à longs traits l’eau pure du ruisseauQui court, sillon d’argent, sous l’odorant berceauDes sauges, des jasmins et des menthes sauvagesEt se fraie au milieu des arbres cent passages.
Déjà les chats-huants ululent. Par moments,Des chiens poussent, au loin, de plaintifs aboiements.Les lents troupeaux de bœufs gagnent en longues filesLeurs étables, au son des clochettes gracilesDont le bruit trouble seul le soir silencieux.Et des étoiles d’or s’allument dans les cieux.
20 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Mirages, Lyon, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1897· numérisation books.google.com· Sources