Les Mirages, 1897· Chants de la nature
Splendeur matinale
A monsieur Édouard Pesch.
A flûte des roseaux, chantant à l’aube pâleL La gloire de l’Aurore et celle de l’Amour,Soupire mollement près de l’étang d’opaleD’où l’eau jaillit limpide et pour fuir sans retourAvec un bruit rythmé de cascades perlées.Le merle noir s’éveille et sautille, jaseur,Sur le gazon paré d’herbes lancéolées.Un parfum de laurier s’épand avec douceurEt, là-bas, des iris ont ouvert leurs corolles.Dans la source d’argent les Nymphes des forêtsAux divins cheveux blonds les nimbant d’auréolesViennent baigner leurs corps baisés par les guéretsEt les mousses durant les chasses coutumières.Agitant aux sentiers leurs muets carillons,Les muguets délicats, les digitales fièresAttendent le soleil et ses premiers rayons.Les Faunes, couronnés de fleurs de campanule,Emplissent leurs regards de la jeune clarté,Qui grandit, vierge blanche et timide dont nulleÉtreinte n’a jamais avili la Beauté.
Il passe des baisers dans l’âme des ramuresEt la tige frémit des hauts peupliers blancs,Car Phébus va paraître au milieu des murmuresDe l’arène céleste et des êtres tremblants.
24 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Mirages, Lyon, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1897· numérisation books.google.com· Sources