Les Mirages, 1897· Essor
L’existence
A Georges Druilhet.
IL faut réserver à la vieDeux parts, belles en vérité :L’une faite de PoésieEt l’autre de Réalité.
A l’une : fiers élans, beaux rêves,Sereines contemplations,Essor vers les divines grèvesDu grand Fleuve des Fictions.
A l’autre Lutte, vigilance,Travail générateur du pain,Travail actif, sans nonchalanceEt sans effroi du lendemain.
Pour garder en nous la jeunesse,En dépit du labeur trop dur,Baignons nos fronts dans le PermesseQui réfléchit le ciel d’azur.
Allions la noble PenséeAu terre-à-terre d’ici-basPar qui l’âme est souvent glacée :Les rancœurs ne nous prendront pas ;
Car, mêlant à l’angoisse humaineLe baume exquis de l’Idéal,Nous n’aurons jamais de peur vaine,Le Beau sera notre féal.
Et forts de nos vertus stoïques,Chaque jour nous pourrons, vainqueurs,Offrir des lauriers magnifiquesAu Courage, roi de nos cœurs.
28 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Mirages, Lyon, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1897· numérisation books.google.com· Sources