Les Mirages, 1897· Essor
Vaillance
A Maxime Formont.
TAIS-TOI, mon cœur, tais-toi ; ne pleure plus : les larmesN’adoucissent pas la douleur.Cache-toi pour pleurer et garde tes alarmes,Reste discret dans le malheur.
Tu souffres, mais, vois-tu, mon cœur, c’est la souffranceQue la vie impose, ici- bas ;Il faut à peine croire au bonheur ; l’espéranceLe plus souvent ne fleurit pas.
La pauvre âme aux buissons de la route peu sûreSe déchire un peu tous les jours ;Le temps, loin de guérir, avive sa blessure :Mon cœur, c’en est ainsi toujours.
Car la succession des mois et des annéesN’est qu’un calvaire douloureuxDont le sol est couvert d’herbe et de fleurs fanéesAu parfum lourd et dangereux.
Néanmoins, quels que soient le chagrin et la peine,Le courage peut les damer.O mon cœur, reste grand sous le mal qui t’empenneEt ne cesse jamais d’aimer.
20 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Mirages, Lyon, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1897· numérisation books.google.com· Sources