Les Mirages, 1897· Essor
L’inéluctable
A Rémy de Gourmont.
LE gris de la tristesse et le gris des nuéesSe confondent souvent au champ de la Mémoire.
A distance, la source est limpide et se moireDu purpurin reflet des roses remuées.Les abords du chemin tout encombrés de roncesEt de longs crocs d’ortie où les pas s’égarèrent,Les sentiers pleins de fleurs où les amants errèrent,Les prés jaspés d’œillets entourant les quinconces,La fontaine ombragée au penchant des collines,Ainsi que les serments, s’effacent et s’oublient.
Le fil se rompt toujours de rêves qui relientL’une à l’autre, en festons, les Heures cristallinesDe nos félicités d’antan et de nos joies.Et sur le seuil très vite usé de la demeureLa clepsydre d’oubli commande que tout meureEt que de l’Imprécis nous devenions les proies.
16 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Mirages, Lyon, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1897· numérisation books.google.com· Sources