Les Mirages, 1897· Rome et venise· Impressions de Venise
La ville
TON front calme, que ceint l’écharpe au ton changeantDe tes mille canaux sillonnés de gondoles,Est surmonté d’un diadème d’auréolesQui mire dans les flots leurs aigrettes d’argent.
O ville merveilleuse, ô cité du silence,Où les bruits de la vie éteignent leurs chansons,Rien ne trouble ton rêve au milieu des frissonsDu zéphyr chuchoteur berçant ton indolence.
La clarté du soleil, comme une averse d’or,Donne à tes monuments si beaux des teintes blondesEt met sur les cheveux de tes femmes des ondesDe reflets roux pareils aux blés de Messidor.
Tu gardes, en dépit du Présent trop morose,Le chatoyant aspect d’un joyau byzantinEt, dès que l’aube fraîche éveille le matin,Tu ris languissamment, Venise, à ton ciel rose.
16 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Mirages, Lyon, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1897· numérisation books.google.com· Sources