Les Mirages, 1897· Inquiétudes
Mauvais rêve
A l’auteur de l’Herbier, à monsieur Philippe Gille.
AH ! que le temps était sinistre,Alors qu’aux approches du soir,Tu t’en allais sous le ciel bistre,Vers l’inconnu, vers le Devoir.
Tes yeux, tes chers yeux, que les larmesAvaient brûlés, me rassuraient ;Et pour mieux cacher leurs alarmesTes traits gracieux s’éclairaient.
Ton cœur torturé de souffrance,Interrogeant en vain le sort,Me disait tout haut : « Espérance ! »Et tout bas : « Partir, c’est la mort ! »
Et plus sombre que les nuagesDéchirés d’éclairs, l’AvenirSe dressait menaçant d’oragesQui ne devaient jamais finir.
Aussi longtemps que sur la routeJe pus te voir, je soupirai ;Mais tu disparus, ô déroute !Et resté tout seul, je pleurai.
Et depuis, à mon foyer videD’où le bonheur s’en est allé,Je traîne une existence arideEt je demeure inconsolé.
24 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Mirages, Lyon, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1897· numérisation books.google.com· Sources