Mélodies poétiques, 1890· Heures douces
Brunehild la walkyrie
J’admire, ô Brunehild, la fière majestéQui met dans tes beaux yeux un regard de déesse,Tu portes sur ton front la grâce enchanteresseEnvironnant les dieux d’immortelle beauté !
Mais j’admire surtout ton cœur, ton cœur de femme,Quand palpitante et triste et ployant sous l’amour,Au valeureux Sigurd tu montres, sans détour,Tous les trésors cachés que recèle ton âme.
Car tu gémis alors et pleures comme nous ;Tu deviens notre sœur par l’humaine souffrance,Tu frémis comme nous de joie et d’espérance,Déesse ! et tu connais un mal pourtant très doux.
Oh ! je t’aime, vois-tu, quand la rouge verveineEt la sauge pourprée ombrent tes blonds cheveux ;Remplis de pureté, mes désirs et mes vœuxVont à toi, Walkyrie, ô chaste et noble reine.
O Brunehild ! ta voix, plus douce que le miel,Charme le cœur malade, et ta grandeur m’inspireDes vers à ta louange, ô toi qui meurs martyre,Pour renaître immortelle et retrouver le ciel.
Mais conserve ton cœur ouvert à la tendresseQui sur terre te fit vibrer d’accents émus,Et dans ce lieu divin où l’on ne souffre plus,Ah ! reste toujours femme en demeurant déesse.
24 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Mélodies poétiques, Lyon, HENRI GEORG, LIBRAIRE-ÉDITEUR, 1890· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources