Mélodies poétiques, 1890· Heures douces
Demi ton
(TRADUIT DE MARY ROBINSON)
Aimée ! Ah ! donnez-moi, je vous prie, une rose ;C’est un cadeau charmant, et c’est bien peu de chose,Mais faites, s’il vous plaît, un choix parmi les fleursQui parent le jardin de leurs belles couleurs,Et mettent des tons gais aux parterres en fête,Si fort insouciants de l’hiver qui s’apprête.
Je veux qu’elle soit blanche ainsi que de beaux lys,D’une blancheur semblable au diadème exquisOmbrant le front charmant de la Vierge Marie,Et pareille aux flocons d’une neige fleurie.
Mais quand je recevrai cette fleur de ta main,Que sur tes traits chéris, je puisse lire en pleinQu’avec la fleur tu m’as aussi donné ton âme,Dont l’innocence est douce et sereine la flamme,Dont les esprits très purs respirent la fraîcheurDes grands bois, qui jamais ne virent promeneurTroubler un seul instant leur calme et leur mystère,Et n’eurent pour amis que la fine fougère,La fraise, le muguet et les oiseaux du ciel.Lors, nous pourrons, remplis d’un bonheur mutuel,Élever nos deux cœurs à des hauteurs sublimesEt repérer les mots que jadis nous saisîmes,Gravés sur une tombe auprès du Parthénon :« Trois fois heureux celui qui jusqu’à l’horizon« Des rêves d’idéal peut guider ses pensées,« Car il vit éloigné des grandes odyssées. »
Cependant qu’échappés à ce monde importun,La fleur nous versera son enivrant parfum.
28 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Mélodies poétiques, Lyon, HENRI GEORG, LIBRAIRE-ÉDITEUR, 1890· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources