Mélodies poétiques, 1890· Heures douces
Orage
Dans mon triste jardin, ce soir, l’obscurité,De funèbres reflets animait les statues ;Les arbres reluisaient sous le ciel pailletéEt leurs branches semblaient par des spectres battues.
Pas un souffle dans l’air d’une lourdeur de mort.Mon cœur saignait aux coups d’un invisible glaive…« L’existence, pensais-je, hélas ! n’est qu’un vain sort,« Auquel le dur trépas seul apporte une trêve. »
Alors le vent, vêtu de ténèbres, soufflaDes nuages épais, agités comme un voile ;Et mon cœur oppressé soudain se dégonfla,En voyant disparaître au ciel noir chaque étoile.
Le vent plus furieux eut un rugissementTerrible, et, tout à coup, résonna le tonnerre ;Sa voix était de flamme et mon cœur, chastementÉmu, fut affranchi des désirs de la terre.
… Ils sont morts, mes beaux lys blancs et passionnés,Et mes roses d’amour, à tout jamais flétries…Mon cœur et mon jardin se sont environnésDe fleurs de patience, aux nuances pâlies.
20 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Mélodies poétiques, Lyon, HENRI GEORG, LIBRAIRE-ÉDITEUR, 1890· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources