Mélodies poétiques, 1890· Paysages
La mort du petit oiseau
А P. M. R.
Dans le tronc rugueux d’un grand chêne,D’où sort la tige d’un roseau,Sur des feuilles de marjolaine,Est mort un tout petit oiseau.
Ses yeux sont fermés et ses ailesNe s’ouvriront plus désormais :Adieu les nids dans les tourellesEt les jeux dans les vallons frais !
Adieu la fidèle compagne,Les joyeux, les chers oisillons,L’essor à travers la campagne,La chasse aux vers dans les sillons.
Les regards emplis de lumière,Dans la pourpre des soirs d’été,Il n’ira plus à la rivièreSe baigner avec volupté.
Il n’entendra plus la voix graveDes bœufs qu’on mène à l’abreuvoir,Les pieds serrés dans leur entraveQui les rend lourds à se mouvoir.
Au temps des épis et des gerbesSemblables à l’or rayonnant,Il ne prendra plus dans les herbesLes grains tombés en moissonnant.
Dans les foins aux senteurs très doucesIl ne viendra plus voltiger,Ni s’endormir parmi les moussesEt les grands arbres du verger.
Il ne fouillera plus, l’automne,Le sol remué fraîchement,Où le froment semé bourgeonneEntre les mottes follement.
Il est pour toujours immobile ;Et tandis que meurt le soleil,Son corps délicat se profileSur sa couche en rouge vermeil.
Ses deux pattes sur sa poitrineSe crissent au froid de la mort.Le bec entr’ouvert, il inclineSa tête : l’on dirait qu’il dort.
40 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Mélodies poétiques, Lyon, HENRI GEORG, LIBRAIRE-ÉDITEUR, 1890· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources