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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Mélodies poétiques, 1890· Philosophie

Le néant

Pierre de Bouchaud· 52 vers

Avec rapidité les jours,Comme la feuille qui s’envoleAu souffle de la brise folle,Passent emportés dans leur cours.

L’on croit, l’on espère, l’on aime :Quand à construire son logisL’homme s’applique, il est surprisDans ses travaux par la mort blême.

De l’amour les aveux confusCes fleurs du matin de la vieÉcloses dans l’âme ravieA peine formés ne sont plus.

Les dons du cœur, les gaietés douces,L’espoir aux moments désirés,Aux avenirs enamourés,Subissent du Temps les secousses.

La Paix, la noble Paix, la Paix,On la désire, on veut l’atteindre,Mais on consume sans l’étreindreSon âme et sa force à jamais.

Le Temps fuit, toutefois, rapide ;Il fait naître d’autres désirs,Aboutissant à des soupirs,A des rancœurs, au froid, au vide.

L’homme pourtant espère encor ;De visions imaginairesEt d’assurances mensongèresIl forme ici-bas son trésor.

Et les jours passent, des tristessesEn essaim s’abattent sur lui ;Mais au loin le bonheur a luiComme un fanal pour les détresses…

Les jours passent ; bientôt les ansOnt neigé sur les jeunes têtes ;Le printemps, ses fleurs et ses fêtesOnt fait place aux hivers pesants.

Qu’importe ! On attend les annéesAvec l’espoir aux jours heureux,Comme jadis les amoureuxRêvant d’unions, d’hyménées.

On attend, sans trêve on attend,Mais rien ne vient combler l’attente ;Flétri par l’humaine tourmenteL’espoir va toujours végétant.

Néanmoins toujours on espère :Les jours heureux qu’on entrevoit,On va les atteindre… et l’on croitA la joie après la misère.

Et pourtant, hélas ! chaque effort,Les vœux, les désirs, les mensonges,Les serments d’amour, les beaux songesViennent aboutir à la Mort.

52 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Mélodies poétiques, Lyon, HENRI GEORG, LIBRAIRE-ÉDITEUR, 1890· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources