Mélodies poétiques, 1890· Paysages
O Princavera Gioventu’ Dell’ Anno
A CHARLES TOUCHARD
Printemps, jeunesse de l’année,Tu fais en triomphe accourirLa saison, l’ère fortunéeOù l’on voit les fleurs s’entr’ouvrir.
Le soleil de ses rayons doreLes arbres nus et décharnés,Et la sève sommeille encoreAux troncs des saules contournés.
Le bourgeon des chênes éclateAux baisers de l’air caressant ;Déjà se pare d’écarlateLe hêtre à feuillage de sang.
Adieu les mornes teintes grisesDont s’enveloppent les frimas ;La Nature suspend aux frisesDe son temple les frais lilas.
Elle recouvre de branchagesLes murs, et place sur l’autelDes plants de narcisses sauvagesEt des thyms à l’odeur de miel.
Du plafond pendent les guirlandesFaites en pétales de lys,Portant des soucis, des lavandes,Et de grosses touffes d’iris.
Violettes et primevèresSont le tapis, tout damasséDe festons d’or et de légèresArabesques d’un bleu foncé.
Le Printemps rit à la natureEt la terre humide sent bon ;Le ruisseau rapide murmureAux joncs frémissants sa chanson.
Tout est calme et tout est silence ;Pourtant, là-bas, vers les grands bois,Le coucou résolûment lanceSon cri, triste et doux à la fois.
A flots l’on sent courir la vieEn cet instant du renouveau :C’est un tableau de fantaisieEt c’est Pan qui tient le pinceau.
Mystère exquis, grâce enivrante,Doux bienfait de l’isolement !Aux baisers de la brise lenteL’herbe des prés va s’inclinant.
Ah ! vraiment, l’écrin est splendideDont mes yeux scrutent le détail ;Dieu, du haut de son ciel limpide,Doit se complaire en son travail !
Saison claire, gaie et fécondeOù, le parfum des acacias,Des roses, des muguets abonde,Joint à celui des magnolias.
O la riche, ô la tendre gammeDes tons verts les plus variés :Le Printemps est là, qu’on l’acclame !Oui, nous y sommes conviés.
56 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Mélodies poétiques, Lyon, HENRI GEORG, LIBRAIRE-ÉDITEUR, 1890· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources