Mélodies poétiques, 1890· Philosophie
Prière au dieu sérénité
A. V.
O Dieu, dont le regard comme un rayon caresse,Dieu qui donnes la joie en apportant l’oubli,Dieu de la force d’âme et que l’âpre détresseNe peut anéantir, ô Seigneur accompli !
Sois loué, noble Dieu qui guéris la misère,Dont les autels d’or pur sont tout chargés de fleurs,Dont le temple brillant n’abrite aucun mystèreEt dans lequel nous tous allons sécher nos pleurs.
Dieu vaillant, qui très loin de nos pensers rejetteL’ennui de vivre ou bien la crainte de la mort,O maître, sois béni, toi qui comme un athlèteTerrasses la douleur et le chagrin trop fort.
Toi qui fais naître en nous la douceur sans pareilleDe suivre les vertus avec un front riant,Qui dictes la raison et tour à tour conseilleLe terme élogieux, le mot conciliant.
Dieu des pleurs d’enthousiasme, ordonnateur sublimeDe la grande Nature et du Ciel radieux,Béni sois-tu, Seigneur, qui repousses le crime,En contempleur juré des esprits vicieux.
Dieu, qui donnant à l’âme une fière attitude,La guides pas à pas au royaume du Bien,Et qui, rendant féconds travail et solitude,Nous joints à l’infini par un étroit lien ;
O Dieu pur, beau gardien de nos intelligences,Qui de science emplis nos fronts souvent pensifs,Sèmes derrière toi les nobles espérancesEt peux rendre l’essor à nos pensers captifs ;
Toi qui dans les airs bleus as fixé ton domaine,D’où tu sais dispenser à nos yeux la clarté,A jamais sois béni, Dieu vainqueur de la peine,O maître de la paix, sois à jamais chanté !
Dieu qui donnes toujours de l’entrain à la vie,Dieu tendre et vigilant, Dieu bon au regard clair,Qui suscites le calme en repoussant l’envie,Grâce auquel la Beauté n’est pas un prompt éclair ;
Seigneur par qui le jour se remplit de lumière,Même si le soleil ne brille pas aux cieux,Dieu du contentement, dompteur de la matièreEt réchauffant le cœur que fixent tes beaux yeux ;
Doux maître de l’idée, ô Dieu propice au monde,Qui combats l’amertume, ô toi qui te produis —Car tu crains que parfois le jour ne te confondeDans l’obscurité fraîche et tranquille des nuits ;
Dieu brillant au Matin et qu’on trouve à l’Aurore,Qui jamais ne connus fatigue ni repos,Sois béni, Dieu qui viens au Crépuscule encoreVeiller, génie ailé, sur les logis bien clos ;
Dans les intérieurs, par ton charme et ta grâce,Tu fais germer soudain le rire aux frais éclats ;Sans toi l’âme s’épeure et reste toujours lasse,Sans toi de la gaieté on doit sonner le glas.
Dieu qui sais évoquer les charmantes imagesEt ravir les mortels aux nobles régions,Loin des troubles de l’âme et des mondains orages,Bonheur à qui s’enivre à tes communions !
Bonheur à qui, séduit par tes nobles délices,A te chercher, Ô Dieu, dépense tout son temps ;Ils sont doux les nectars qu’on boit à tes calices,Et pleins de la saveur des sucs rafraîchissants.
Dieu virginal, Dieu bon, habite nos demeures,Sache par ta présence aimable y conserverLe calme de l’esprit ; toi qui jamais ne pleures,Daigne de la tristesse affreuse nous sauver.
Qu’en toi, trouvant sans cesse un abri tutélaire,Notre âme s’achemine en paix à ton côté ;O dieu Sérénité, conserve sur la terreL’ennemi valeureux du chagrin, la Gaieté !
68 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Mélodies poétiques, Lyon, HENRI GEORG, LIBRAIRE-ÉDITEUR, 1890· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources