Mélodies poétiques, 1890· Heures douces
« Quand tout ce que je suis viendrait à disparaître »
Quand tout ce que je suis viendrait à disparaître,Quand, parmi tous les miens, mourrait mon souvenir,Quand, solennelle Nuit, ne devant pas finir,S’éteindrait ma mémoire aussi bien que mon être ;
Alors que mes amis, prompts à me méconnaître,Feindraient l’indifférence, empresses de bannir,Dans leur légèreté, mon culte à l’avenir ;Alors qu’au noir trépas, je devrais me soumettre :
Qu’importent la froideur, le dur et morne oubli,Qui tombent sur l’absent ou sur l’enseveli,Comme l’obscurité succédant à la flamme !
Pour moi, malgré la Mort, je resterais toujours,Le choisi de ton cœur, ô mes chères amours,Et je vivrais sans cesse au profond de ton âme.
14 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Mélodies poétiques, Lyon, HENRI GEORG, LIBRAIRE-ÉDITEUR, 1890· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources