Mélodies poétiques, 1890· Paysages
Souvenirs d’enfance
A MON FRÈRE
O mes chers souvenirs d’enfant, vous revenezM’assaillir en essaims légers comme le rêve ;Je vous retrouve tous, car pour moi vous sonnezMainte heure douce, hélas ! et qui fut par trop brève.
Vous me faites revivre au loin dans le passéLes très heureux moments de ma première enfance,Où l’âme était tranquille et le cœur point lasséDes luttes que la vie appelle en abondance.
Je revois, tout petit encor, l’humble maisonOù je coulais des jours que la joie accompagne,Avec un beau jardin pour unique horizon,Et pour tout avenir la vie à la campagne.
Je me rappelle aussi mon cher pays natalEt je revois le bourg ombragé de vieux saules,Et ce panorama, qu’on trouverait banal,Se pare au souvenir de pures auréoles.
Le haut clocher dressait sa flèche dans les airs ;Oh ! quels gais carillons le dimanche ou les fêtes !Que les fleurs embaumaient et que dans les cieux clairsLe soleil éclatant allumait de paillettes !
Et quand l’aube du soir tombait sur les grands prés,Des troupeaux lentement cheminaient vers l’étable,Tandis qu’en un amas de nuages rosésLe couchant s’éteignait dans sa gloire admirable.
Puis c’était le repos sous l’œil de Dieu, très doux,Et les sommeils profonds des nuits toujours trop brèves…O mes chers souvenirs d’enfant, revenez tousM’assaillir en essaims légers comme des rêves.
28 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Mélodies poétiques, Lyon, HENRI GEORG, LIBRAIRE-ÉDITEUR, 1890· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources