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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Rythmes et Nombres, 1895· Silhouettes de Saisons· III Automne

Derniers beaux jours

Pierre de Bouchaud· 44 vers

AZUR demi-voilé, paysage de rêveDont l’œil suit les détails et ne se lasse pas ;O champs silencieux où la brume se lève,Vent frôlant les roseaux qui soupirent tout bas…

Sous le tiède soleil, sous le ciel monotone,Ah ! qu’il est reposant de cheminer parmiLes vallons dépouillés et jonchés, à l’automne,D’un tapis d’or, abri du Printemps endormi.

Pour moi, j’aime le gris des collines moins nettes,Le bleu des pins altiers ou des chênes hautains,Et le blanc estompé de mille maisonnettesMettant des tons joyeux aux indécis lointains.J’adore partager l’existence des choses,En leur calme profond j’adore me plonger ;Il m’est aussi très doux de respirer les rosesD’un suprême parfum saturant l’air léger,D’admirer les prés verts, les colchiques d’opale,Les pampres, les vergers, l’humus ensemencé,Et de m’asseoir, songeur, au pied d’un bouleau pâle,Sur les coteaux déserts où le deuil a passé.

O vous tous qui, lassés parfois, sentez votre âmeFléchir sous le trop lourd fardeau quotidien,Frères, cœurs délicats que l’existence entame,Qui voyez le Temps fuir et n’en attendez rien :Laissez les vains tracas dont les villes sont pleines,Venez jouir en paix de l’arrière-saison,Pendant que le soleil brille encor sur les plaines,Perçant le voile épais qui couvre l’horizon.

Devant l’immensité des campagnes dormantes,Dont le sol est partout de brouillards imprégné,Amis, tout en pensant que vos âmes aimantesEt vos esprits d’angoisse ont bien souvent saigné,Qu’il se fait tard, et que la réalité blêmeDe rêves a jonché les chemins parcourus,— Tel l’amas jaunissant des feuilles qu’un vent sème :A ces derniers rayons dans le ciel apparus,A leurs chastes baisers, à leurs tièdes caresses,Vous vous direz que si les Espoirs enchanteursOnt fui comme l’Amour et ses pures ivresses,Il est parfois aussi des jours réparateursOù la Nature est bonne, où fait trêve l’épreuve.

Et vous saurez alors qu’aux champs l’on peut guérirSon cœur et se refaire une âme toute neuve,Car on y vit tranquille avant que de mourir.

44 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Rythmes et Nombres, Lyon, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1895· numérisation books.google.com· Sources