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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Melænis, 1857

Chant quatrième

Louis Bouilhet· 137 sizains, alexandrins, 822 vers

Commodus, à tout prendre,‖ était, sur ma parole,Un charmant empereur,‖ n’en déplaise à Dion.Moi, je l’aurais aimé‖ jusqu’à la passion !Jamais, comme Tibère,‖ il ne joua son rôle !Il était franc d’allure,‖ et portait à l’épaule,Non la peau d’un renard,‖ mais celle d’un lion !

Il avait ses défauts ;‖ qui n’en a, dans son âme ?Il massacrait les gens,‖ mais il tenait sa lameDe la main gauche, et c’est‖ très-fort, en vérité !Il volait, mais cet or‖ au peuple était jeté ;Il buvait, mais un jour‖ il fit pendre sa femme :Commodus l’empereur‖ avait son bon côté !

Ce que j’aime, avant tout,‖ c’est la force d’Alcide,La vie aux mille bonds,‖ le sang tumultueux ;Les Titus, les Trajan,‖ dans leur calme splendide,Sont beaux, mais sans relief,‖ probes, mais ennuyeux !Comme l’athénien‖ qui chassait Aristide,Moi, je suis fatigué‖ des héros vertueux !

Les monstres les plus noirs‖ sauvent la tragédie,Tous les drames bien nés‖ brandissent un couteau ;J’adore, pour l’effet,‖ Rome qu’on incendie,Et l’esclave qui brûle,‖ ainsi qu’un grand flambeau ;Chaque siècle, ô Néron,‖ maudira ton génie,Mais tu laissas du moins‖ de quoi faire un tableau !

Commodus habitait‖ une maison immenseSur le mont Cœlius,‖ auprès des escrimeurs ;Il en avait chez lui‖ le costume et les mœurs ;Hercule ou sécutor,‖ selon la circonstance,Il dédaignait le trône,‖ et son cœur en balanceFlottait entre les dieux‖ et les gladiateurs.

C’est là que vint Paulus.‖ Pour prix de sa victoireIl vécut au palais,‖ tout couronné de gloire,Seul, avec Cléander,‖ se partageant César ;Comme il était habile‖ à jouer du poignard,On le nomma préfet‖ aux gardes du prétoire,Devant être fermier‖ de la ville plus tard.

Mais Paulus n’était pas‖ de ces âmes trempéesDans les ondes du Styx,‖ âmes enveloppéesD’un bouclier d’airain ;‖ toutes les passionsAvaient prise sur lui,‖ de la tête aux talons ;Et, dans son cœur mobile,‖ ainsi que des épées,Se heurtaient les amours‖ et les ambitions !

J’en connais qui, montés‖ à ce faîte suprême,N’auraient plus, dans l’esprit,‖ de place pour aimer ;Mais Paulus, malgré tout,‖ se laissait consumer,Tant qu’il dit l’aventure‖ à l’empereur lui-même.Ô dieux ! Que si jamais‖ je viens à m’enflammer,J’aie un entremetteur‖ coiffé du diadème !

Les choses traînent moins ;‖ c’est le lien fameuxQu’Alexandre dénoue‖ au tranchant de sa lame !« Hélas ! Pensait Paulus,‖ le père est furieux !« ‒ Dès demain, dit Commode,‖ elle sera ta femme ;« Je vais tuer un ours‖ ou quelque hippopotame,« Pour marquer dignement‖ cet hymen glorieux ! »

Comme en un grand danger‖ de la chose publique,Marcius au palais‖ fut mandé sans retard ;Paulus, tout palpitant,‖ se tenait à l’écart,Les pâles sénateurs,‖ sous leur longue tunique,Le sourire à la lèvre,‖ encombraient le portique,Et du maître superbe‖ épiaient le regard.

Là, c’était Quintius‖ qu’ennoblit la charrue,Et, plus loin, Lamia‖ pour son luxe cité ;Le gros Pomponius‖ qui montre avec fierté,Sur sa médaille d’or,‖ une tête barbue ;Sulpice, dont le nom‖ se cache dans la nue,Et qui de Jupiter‖ descend par un côté !

Après eux, Severus,‖ héritier de l’empire,Lœtus Émilius‖ qui flatte et qui conspire,Cléander que demain,‖ dans la boue et l’affront,Les portefaix jaloux‖ au Tibre traîneront ;Jusqu’au sage Dion‖ qui mord, pour ne pas rire,Les feuilles de laurier‖ qu’il arrache à son front !

Commode cependant,‖ le long des galeriesMarchait à pas comptés,‖ laissant les flatteriesMonter autour de lui‖ comme un encens divin.Un moineau familier‖ sautillait sur sa main ;Et sa tunique verte,‖ aux riches broderies,Frôlait les grands pavés,‖ quand l’édile soudain

Apparut sur le seuil ;‖ sa taille ramasséeDans ses contorsions‖ était plaisante à voir ;Marcius, d’un romain‖ connaissait le devoir :Saluant, souriant,‖ et la tête baissée,Il rampa vers César,‖ tandis que sa penséeS’en allait, tour à tour,‖ de la crainte à l’espoir !

« Un mot ! Fit Commodus‖ en quittant son escorte,« Qu’as-tu sur ton cachet‖ que l’on dit fort ancien ?« Un port ? Un aqueduc ?‖ Car ce point-là m’importe.« ‒ César, j’ai l’aqueduc‖ et j’ai le port ! ‒ très-bien !« Est-ce Ancus ou Numa‖ que ta médaille porte ?« ‒ C’est Ancus et Numa !‖ Dit le patricien.

« ‒ Certes, les Marcius‖ sont de race qui brille,« Je le savais déjà,‖ dit l’empereur joyeux,« Et j’ai cherché moi-même‖ un mari pour ta fille,« Qui fût digne de toi‖ comme de tes aïeux !« ‒ Un mari pour ma fille !‖ ‒ eh ! Sans doute ! ‒ grands dieux !« Quel astre bienveillant‖ plane sur ma famille ?

« ‒ Vieillard, reprit Commode,‖ accepte cet honneur,« Et cherche en ton esprit‖ quel gendre on te destine.« ‒ Un chevalier ? ‒ non pas.‖ ‒ un consul, j’imagine ?« ‒ Avance ! ‒ un sénateur‖ à l’antique origine ?« ‒ Monte encor, Marcius.‖ ‒ c’est donc… un empereur ?« ‒ Plus haut ! ‒ un dieu ? ‒ plus haut !‖ C’est un gladiateur ! »

La foudre au triple dard‖ eût tombé sur notre homme,Qu’il eût été moins pâle‖ et moins épouvanté :« C’est Paulus,ajouta‖ Commode avec gaieté ;« Jamais ! » hurla le père‖ en se débattant commeUn taureau furieux‖ que le grand prêtre assomme.« Jamais ! Jamais !… » ce cri,‖ par l’écho répété,

Fit tressaillir d’effroi‖ les esclaves fidèles ;Commode souriait ;‖ sur sa main le moineauMontait de doigts en doigts‖ en agitant ses ailes…Soudain il arracha‖ son glaive du fourreau,Et puis, l’écume aux dents,‖ le feu dans les prunelles,Il abattit d’un coup‖ la tête de l’oiseau.

« À quand, ô Marcius,‖ la fête nuptiale ? »Demanda gravement‖ l’Ésope au sceptre d’or.« Dès demain, si tu veux…‖ » dit l’autre avec effort,Car de cet apologue‖ il comprit la morale,Et ses yeux agrandis,‖ au pavé de la salle,Suivaient l’oiseau sans tête,‖ et qui tremblait encor !

Paulus avait du goût,‖ il se tint en arrière ;Mais à peine l’édile‖ avait quitté les lieux,Qu’il courut à César,‖ la tête la première,Et couvrit ses genoux‖ de baisers furieux ;Son sein était plus large‖ et sa tête plus fière ;Le bonheur, en rayons,‖ éclatait dans ses yeux !

Les grandes passions‖ sont comme l’incendie,Enthousiasme, amour,‖ colère, volupté,Elles vont s’étendant‖ et gagnent à côté.Des plus vieux sénateurs‖ la poitrine engourdieTressaillait sous la toge,‖ et semblait réjouieDevant tant de jeunesse‖ et de sincérité !

Oh ! Sentir qu’on est fort !‖ Connaître sa puissance !Et, comme Jupiter,‖ s’élancer dans les flots,Superbe et mugissant,‖ avec sa nymphe au dos !Être jeune et farouche,‖ et, gonflé d’espérance,Manquer d’espace et d’air‖ dans la nature immense,C’est l’amour ! C’est l’amour !‖ Lorsque les matelots,

Aux premiers jours de mai,‖ tirent dans l’onde amèreLa carène au flanc sec,‖ ils dédaignent la terre,Et sur la rame humide‖ allongeant leurs bras nus,S’exilent, en chantant,‖ vers des cieux inconnus :Ainsi font les amants,‖ sans regards en arrière,Ils s’échappent du monde‖ en appelant Vénus !

Au sortir du palais,‖ notre homme avait dans l’âme,Comme après le falerne,‖ un vertige divin ;Ô conquête ! ô bonheur !‖ De songer que demainIl aurait ses yeux noirs,‖ son sein, sa lèvre en flamme !Parfois, croyant rêver,‖ il s’arrêtait soudain,Et puis, comme un nageur‖ qui divise la lame,

Il séparait la foule‖ et glissait à travers.Le peuple, ce jour-là,‖ descendait de Bovilles,Et d’Anna Perenna‖ chantait la gloire en vers ;Sous l’âge et sous le vin,‖ des vieillards en guenillesChancelaient tout courbés‖ aux bras des jeunes fillesDont le front souriait‖ sous les feuillages verts.

Ce tumulte, ces cris,‖ cette plèbe en délireLe firent, tout d’abord,‖ se moquer et sourire,En comparant sa joie‖ à celle qui passait ;Et comme eux cependant‖ l’ivresse le poussait,Car il était heureux,‖ car il voulait le direÀ la brise, au soleil ;‖ le cœur est ainsi fait.

Le bonheur, loin de nous,‖ se dégage et s’envoleComme un parfum léger‖ hors du vase d’airain ;Et l’homme, dans sa fête,‖ imprudent et frivole,Par son chant de triomphe‖ éveille le destin !‒ Quelqu’un, comme il marchait,‖ le toucha sur l’épaule,Quelqu’un l’arrêta court‖ en lui prenant la main.

En face de Paulus,‖ silencieuse et pâle,Une femme attendait ;‖ ses yeux noirs et profondsSur ses traits sans couleurs‖ luisaient par intervalle,Comme un soleil d’hiver‖ sur la neige des monts.« C’est moi, dit Melænis,‖ et je sais ma rivale !… »Paulus l’examina‖ de toutes les façons.

« Je ne te connais pas,‖ dit-il ; qui me réclame ?« Que me demandes-tu ?‖… » cet amour d’une nuit,Sans aller jusqu’au cœur,‖ avait glissé sur lui !Car l’homme est oublieux ;‖ le baiser d’une femme,Hélas ! Plus promptement‖ s’efface de notre âmeQue nos pas au désert,‖ sur le sable qui fuit !

Quand l’enfant jusqu’au soir,‖ dans la forêt profonde,A fait voler sa flèche‖ et tournoyer sa fronde,Le carquois sur l’épaule,‖ il revient tout joyeux,Il ne sait pas qu’aux bois‖ la biche vagabonde,Rougissant alentour‖ les buissons épineux,Meurt, la sagette aux flancs‖ et des pleurs dans les yeux !

« Ce que je veux, dit-elle,‖ écoute : c’est la vie« Que j’avais autrefois‖ au fond de la cité,« Tout ce que j’ai perdu,‖ tout ce qu’un soir d’été« Tu m’as pris en jouant.‖ ô démence et folie !« J’ai versé tant de pleurs‖ dans mes nuits d’insomnie« Qu’il ne me connaît plus‖ et qu’il passe à côté !… »

Les sanglots étouffés‖ soulevaient sa ceinture ;« Melænis ! » dit Paulus‖ en étendant la main.Elle reprit : « je suis‖ la courtisane impure !« La foule aux mille pieds,‖ comme sur un chemin,« A marché sur mon cœur ;‖ mais, malgré sa souillure,« J’en garde assez encor‖ pour en mourir demain !

« Donc, j’ai pleuré longtemps,‖ dans mon oubli perdue,« Depuis que loin de moi‖ ton amour s’envola ;« Les hommes, ô Paulus,‖ ne savent pas cela…« Une fois, tu passais,‖ je te vis dans la rue,« Tu me parus plus grand !‖… une force inconnue« M’étreignit à la gorge,‖ et tout mon corps trembla !…

« De ce jour, j’attachai‖ mes pas aux tiens, sans cesse« Tournant autour de toi,‖ comme autour des flambeaux« Le phalène inquiet,‖ et je sentais l’ivresse« De me brûler le cœur‖ à tes regards si beaux ;« Mais tu fuyais toujours,‖ et toute ma tendresse« Fut pareille à ces fleurs‖ que l’on jette aux tombeaux !

« Enfin ; laisse-moi donc‖ continuer, la peine« Se dissipe en parlant ;‖ enfin, j’appris son nom,« Qu’elle était jeune et fière,‖ et de noble maison ;« Puis je la vis… et comme‖ un lion qu’on déchaîne,« Je sentis dans mon sein‖ rugir toute ma haine,« Car elle était charmante,‖ et tu l’aimais, dit-on !…

« ‒ Je l’aime ! Dit Paulus,‖ malheur à qui la touche ! »Et dans ses doigts crispés‖ il serrait son poignard ;Melænis, sans trembler,‖ le couvait du regard,Tandis qu’un rire amer‖ serpentait sur sa bouche.« Le lit des morts, dit-elle,‖ est moins froid que ma couche.« Que veut ton fer, Paulus ?‖ Il arrive trop tard !

« Écoute-moi plutôt,‖ je n’ai plus de colère,« Je suis douce à présent,‖ et suppliante, voi,« Tu ne le savais pas,‖ car, par pitié pour moi,« Tu m’aimerais un peu.‖ Qu’ai-je encor sur la terre,« Si tu me prends l’amour ?‖… dans mon cœur solitaire,« Le souvenir, c’est toi !‖ L’espérance, c’est toi !…

« Tu l’aimais, elle était‖ belle, tu la regrettes,« Et je comprends cela ;‖ mais je sais bien comment« Tu ne peux plus l’aimer ;‖ étrange empressement« Des hommes à railler‖ les femmes inquiètes !« À quoi bon ? Je sais tout,‖ oublions maintenant ;« Viens, nous serons joyeux,‖ au sortir de tes fêtes.

« Sur ton front ruisselant‖ et couronné, ma main« Essuiera la sueur ;‖ tu m’aimeras peut-être !« ‒ Laisse-moi ! Dit Paulus,‖ j’obéis au destin« Sans contrainte et sans peur,‖ mon amour va paraître !« ‒ Mais l’édile est puissant !‖ ‒ mais César est le maître !« ‒ Et sa fille oserait ?‖ ‒ je l’épouse demain ! »

La danseuse, à ces mots,‖ haletante, éperdue,Se dressa comme un arc‖ dont la corde est rompue :« Je le défends, dit-elle,‖ et, lui prenant le bras :« Que me fait ton César ?‖ Je ne le connais pas !« C’est une étrange erreur,‖ si l’on me croit vaincue,« Et si quelqu’un ici‖ pense arrêter mes pas !…

« Je n’ai point sur mon front‖ semé la perle fine,« Ni comme elle, au milieu‖ des esclaves tremblants,« Dans les bains parfumés‖ amolli mes bras blancs ;« Mais un sang jeune et fort‖ bruit dans ma poitrine,« Et j’ai sucé le lait‖ dont la louve latine,« Sous le figuier antique‖ abreuve ses enfants !

« Oh ! Si tu l’épousais,‖ ce serait chose affreuse ;« Tu saurais ce que vaut‖ la femme furieuse,« Et la torche d’hymen,‖ la torche aux cheveux d’or,« Pourrait prêter sa flamme‖ à ton bûcher de mort !… »‒ Elle est, pensa Paulus,‖ plus folle qu’amoureuse ! ‒Et, secouant la tête,‖ il reprit son essor.

Melænis du regard‖ le suivit en silence ;Il disparut bientôt‖ au fond de la cité,Comme un songe rapide,‖ au réveil emporté…Et, pliant sous le poids‖ de sa tristesse immense,Elle écouta partir‖ sa dernière espérance,Avec le bruit des pas,‖ dans son cœur répété !

Le ciel était tout bleu,‖ comme une mer tranquille,De lourds rayons tombaient‖ sur les pavés brûlants,Ou se brisaient aux murs‖ de marbre étincelants,Et de ses ailes d’or‖ frappant l’air immobile,L’essaim des moucherons‖ harcelait, par la ville,Les portefaix couchés‖ sous les portiques blancs.

Triste, elle gravissait‖ le chemin des Carènes,Devant elle, au hasard,‖ laissant marcher ses pas ;Et son cœur agité‖ par d’étranges combatsSe gonflait tour à tour‖ de douleurs et de haines !…Ses pensers s’échappaient‖ en phrases incertainesQui tremblaient sur sa lèvre‖ et qu’on n’entendait pas !

La sueur à son front‖ collait sa chevelure,Ses yeux roulaient perdus‖ dans l’orbite agrandi,Et les enivrements‖ du soleil de midiLui battaient à l’oreille‖ avec un bruit d’armure ;Ainsi confusément‖ gronde la nue obscure,Avant que dans les cieux‖ la foudre ait retenti !

Tout à coup, vis-à-vis‖ de la borne qui sueEt vomit l’onde à flots,‖ par six bouches d’airain,Melænis s’arrêta,‖ la tête dans sa main :« Les dés en sont jetés !‖… il faut que je le tue ! »Dit-elle, et promenant‖ ses regards dans la rue,Elle aperçut un bouge‖ où l’on vendait du vin.

C’était une taverne‖ à l’étroite ouverture,Dont la porte donnait‖ sur un long corridor ;La chanson des buveurs,‖ comme un lointain accord,S’échappait par lambeaux‖ de l’antre qui murmure,Et, près du seuil antique,‖ on voyait en peinture,Un grand ours au poil brun,‖ coiffé d’un casque d’or

Melænis aussitôt,‖ rapide, palpitante,Se plongea sous la voûte,‖ ainsi qu’en un tombeau,Et le vieux cabaret‖ à la dalle glissanteDevant la jeune fille‖ ouvrant son noir caveau,Parut la prendre au vol‖ par sa porte béante,Comme un serpent qui bâille‖ engloutit un oiseau.

La danseuse tira‖ le loquet de la salle,Et debout près du seuil,‖ sur les groupes épars,Pour y trouver son homme,‖ arrêta ses regards.Parmi les bancs boiteux‖ à la taille inégale,Des jeunes gens frisés‖ passaient par intervalle,Versant le vin nouveau ;‖ les cris de toutes parts

Se croisaient, se heurtaient,‖ sous la voûte fumeuse.Des soldats, dans le fond,‖ sur la table accoudés,Pour le coup de Vénus‖ faisaient rouler les dés ;D’autres chantaient César ;‖ puis une voix vineuse,Dominant par éclats‖ cette rumeur joyeuse,Mêlait aux bruits confus‖ ses hoquets saccadés.

C’était un muletier‖ qui venait de Capoue :Large, épais, rutilant,‖ et les yeux effrontés ;Le vin qu’il avait bu‖ lui colorait la joue,Un tas de pots à sec‖ roulaient à ses côtés :« À manger, criait-il,‖ la piquette m’enroue !« J’ai l’océan au ventre‖ et ses dieux irrités !… »

L’hôte du lieu parut,‖ la toge retroussée,Et vers l’homme aux mulets‖ il dirigea ses pas ;Riant dans la fumée,‖ il portait sur deux platsUn hachis de raisins‖ et de viande pressée,Plus un morceau de porc,‖ une andouille épicée,Et des pois gris nageant‖ parmi des cervelas.

L’ivrogne, à cet aspect,‖ se pâma de tendresse :« Évohé ! Cria-t-il,‖ salut à Jupiter ! »Puis il se mit à l’œuvre‖ avec des dents de fer ;Il prenait, il mangeait,‖ il reprenait sans cesse,Jetant tout ce repas‖ par-dessus son ivresse,Comme ces grands palais‖ qu’on bâtit dans la mer !

La pâle courtisane,‖ immobile à sa place,Contemplait gravement‖ cette scène vorace :« Il est perdu, dit-elle,‖ et ne comprendrait pas ! »Puis vers un jeune esclave‖ elle fit quelques pas ;C’était un beau garçon,‖ sans barbe et plein de grâce :« Que m’importe ! Dit-elle,‖ il faudrait un bon bras ! »

Elle allait furetant‖ par la taverne humideEt cherchant sous la toge,‖ avec ses yeux brillants,Un sein large et velu,‖ des muscles bien saillants ;Telle, au temps des amours,‖ la cavale numide,Flairant l’amant sauvage,‖ à la croupe splendide,Frissonne et sonde au loin‖ les feuillages bruyants !

Elle atteignit enfin‖ le groupe militaire,Hommes au cœur solide,‖ à la tournure fière,Et brûlés au soleil‖ de toute nation ;Elle en vit un surtout,‖ un gros légionnaire,Dont la voix, en parlant,‖ sonnait comme un clairon ;Il avait pour coiffure‖ un grand casque, et pour nom

Pantabolus. Debout,‖ superbe, dans sa gloire,Aux soldats ébahis‖ il contait son histoireEt haranguait la foule‖ une coupe à la main ;Son long glaive battait‖ sur sa cuisse ; le vinDe rubis éclatants‖ semait sa barbe noire…« C’est lui ! » dit Melænis,‖ en s’arrêtant soudain.

Au bruit que fit sa robe‖ en frôlant la muraille,Pantabolus tourna‖ la tête, et curieux,L’œil béant, suspendit‖ ses récits de bataille ;Car notre homme abondait‖ en exploits merveilleux,Et (mieux que dans Plautus‖) il eût été de tailleÀ couper du revers,‖ un éléphant en deux.

« Par la cuisse d’Hercule !‖ Elle est charmante et belle ! »Cria Pantabolus,‖ en s’abattant sur elle ;Puis caressant sa barbe‖ et roulant ses regards :« Vénus est toujours là,‖ quand on parle de Mars !« Elle aime les grands coups‖ et le sang qui ruisselle,« Les boucliers luisants,‖ les casques et les chars !… »

Tout en parlant ainsi,‖ sa main large et rugueuseSur sa vaste poitrine‖ étreignait la danseuse :« À moi ! » dit-il ; » à nous !‖ » hurlèrent les soldats ;Et les yeux éclataient‖ avides, et les brasS’étendaient, comme on voit,‖ hors de la roche creuse,S’allonger les vautours‖ à l’odeur des combats !

Ils quittèrent les bancs,‖ furieux, pêle-mêle,Et vers Pantabolus‖ la cohue à longs flotsSe roula, culbutant‖ les tables et les pots ;Lui, saisit au hasard‖ le pied d’une escabelle,Et devant Melænis,‖ comme une sentinelle,Se posa largement ;‖ on eût dit que son dos,

Mieux que celui d’Atlas,‖ pouvait porter le monde.« Au large ! » cria-t-il,‖ et ses yeux pleins de sangBrillaient sous ses cils noirs,‖ comme un feu rougissantSous les branches. Lancée‖ avec un bruit de fronde.L’escabelle en ses mains‖ tournoyait à la ronde,Et le cercle indécis‖ allait s’élargissant.

Cette attitude fière‖ et prête à la batailleSuspendit brusquement‖ l’attaque des soldats,Ils se parlaient entre eux‖ et murmuraient tout bas.Soudain, Pantabolus,‖ dressant toute sa taille,S’éloigna, dédaigneux,‖ de cette valetaille,Et quand il fut s’asseoir,‖ on ne le suivit pas !

Melænis le suivit :‖ une joie inconnueÉclatait sur son front‖ par la douleur pâli,Sa bouche demi-close‖ où se creusait un pliRiait étrangement ;‖ sur son épaule nueRoulait sa chevelure‖ en boucles répandue,Comme un flot écumeux‖ sur un rocher poli.

« Bien ! Dit-elle, voilà‖ ce que je veux, l’audace ! »Et lui serrant la main :‖ « j’aime les hommes forts !« Ton sein large est taillé‖ pour porter la cuirasse,« Ton bras se gonfle bien‖ quand il tend ses ressorts… »Et sa voix, en parlant,‖ modulée avec grâce,Comme des doigts lascifs‖ lui parcourait le corps !

Il ouvrit de grands yeux,‖ haletant et stupide ;« Bois ! » dit-elle ; et prenant‖ la patère à sa main,Aux lèvres du soldat‖ elle tendit le vin ;Puis s’échappant d’un bond,‖ quand la coupe fut vide,Elle imita pour lui‖ la cordace rapide,Avec le geste libre‖ et le chant fescennin.

C’était un air étrusque‖ aux paroles hardies,Un refrain de taverne‖ aimé des carrefours ;Sa voix brève heurtait‖ les vieilles mélodies,Ses pieds tombaient d’aplomb‖ et cadencés toujours,Tandis que ses deux mains‖ sur sa tête arrondies,De ses bras onduleux‖ dessinaient les contours.

Soudain, elle saisit,‖ entre ses doigts fébriles,Un sistre tout poudreux‖ qui s’accrochait au mur ;Sa main blanche courait‖ sur les cordes mobiles,Et l’instrument antique‖ au son vibrant et dur,Étincelait parfois‖ en notes juvéniles,Comme un bois pétillant‖ qui brûle à l’âtre obscur.

Musique, bruit des pas,‖ colliers, toge légère,Cela tourbillonnait,‖ ailé, joyeux, vermeil !Un gai rayon, glissant‖ comme l’aube au réveil,D’une barre d’azur‖ coupait la salle entière,Et Melænis, baignée‖ aux flots de la lumière,Semblait, la lyre en main,‖ danser dans le soleil !

« Viens ! Dit Pantabolus.‖ ‒ non, » répondit la belle,Et sa pose enivrante‖ était plus molle encor.Le soldat n’y tint plus,‖ d’un bond il fut près d’elle,À sa taille glissante‖ attacha son bras fort ;« Oh ! Je t’aime ! Dit-il,‖ que sert d’être rebelle ?… »Et sa main vers le banc‖ l’entraîna sans effort ;

Elle s’assit sur lui ;‖ son beau col qui se penche,Tremblait, comme un roseau‖ que le vent fait plier ;Sa gorge s’écrasait‖ sur l’armure d’acier,Et les flots gracieux‖ de sa tunique blancheInondant le soldat,‖ ainsi qu’une avalanche,Frôlaient la guêtre noire‖ et le rude soulier,

« Si j’étais homme aussi,‖ j’aimerais les batailles,« Dit-elle, et sur mon front‖ les panaches mouvants,« La marche en plein soleil,‖ l’assaut sur les murailles,« La tente qu’on déploie‖ et qui frissonne aux vents !… »Le soldat la couvait‖ sous ses yeux éclatants ;Les mots qu’il entendait‖ le prenaient aux entrailles.

« Tu dis vrai ! Cria-t-il‖ en agitant ses mains,« Du temps de Cassius,‖ j’ai vu de grandes guerres,« Les scythes vagabonds‖ aux flèches meurtrières,« Les gélons demi-nus,‖ les sarmates lointains…« C’était plaisir alors !‖ Des légions entières« Franchissaient le Danube,‖ au pays des germains ! »

Et tandis que sa voix‖ s’en allait large et pleine,Melænis le brûlait‖ du feu de son haleine ;Puis se dressant, ainsi‖ qu’un enfant curieux,Dans le casque de cuivre‖ elle mirait ses yeux,Ou tirait à demi‖ le glaive de sa gaîne,Pour y passer ses doigts,‖ avec un cri joyeux !

Il se fit tout à coup,‖ un bruit épouvantable ;C’était le muletier‖ qui roulait sous la table,Et jurait congrûment‖ par tous les noms connus,Depuis Saturne ancien‖ jusqu’au dieu Crépitus !On le voyait ramper‖ d’une façon louableParmi les pots cassés‖ et les plats répandus.

Il se leva pourtant‖ et se mit en posture ;Ses pieds, dans le chemin,‖ heurtaient les escabeaux.Il étendait ses bras‖ ainsi que des rameaux,Et, balançant la tête‖ avec un sourd murmure,S’appuyait aux lambris,‖ comme une vigne mûreQui se soutient à peine‖ et s’accroche aux ormeaux !

La taverne alentour‖ se vidait ; la nuit sombreArrivait par degrés.‖ » tiens ! Dit Pantabolus,« Je ne sais pas ton nom,‖ mais je ne vivrai plus« Sans ta danse, et ton rire,‖ et tes chansons sans nombre.« Parle ! Un seul mot d’amour,‖ embrassons-nous dans l’ombre…« ‒ Non, dit-elle, en baissant‖ des yeux irrésolus.

« Tu me détestes donc ?‖ ‒ non, reprit-elle, pose« Ta main, là, sur mon cœur,‖ il en sait quelque chose ! »Le bon Pantabolus‖ crut trouver le défaut,Mit l’escarcelle au vent,‖ et la fit sonner haut ;« Jamais ! » dit Melænis,‖ puis après une pause :« Soldat, garde ton or,‖ c’est du fer qu’il me faut !

« Tu m’aimes, n’est-ce pas ?‖ Eh bien ! Il est au monde« Un homme que je hais,‖ d’une haine profonde,« Celui-là voit le jour !‖… ‒ comment l’appelle-t-on ?« ‒ celui-là n’eut pour moi‖ ni pitié ni pardon,« Celui-là !… je l’aimais !‖… que le ciel me confonde !…« Je crois l’aimer encor !‖ ‒ son nom ! Son nom ! Son nom !

« ‒ Cet homme, écoute bien,‖ de mon amour se joue,« Il en fait un haillon‖ qu’il traîne dans la boue !« Quand j’ai prié, quand j’ai‖ pleuré, quand j’ai rampé,« Il a ri ! Par une autre‖ il était occupé !« Il me le faut, demain,‖ mort ; veux-tu ? Je l’avoue,« Je t’aime ! Prends ta lame,‖ et qu’il soit bien frappé !

« ‒ Son nom ! Dit le soldat.‖ ‒ c’est Paulus qu’on l’appelle.« ‒ Eh bien ! Mort à Paulus !‖ ‒ écoute, reprit-elle,« C’est Paulus, le préfet‖ du prétoire, celui« Que l’empereur adore‖ et qui règne après lui.« ‒ Mais… dit Pantabolus.‖ ‒ mais ton âme chancelle !« Je vois bien que sur toi‖ je me trompe aujourd’hui ! »

Elle voulut partir ;‖ comme dans une chaîne,Pantabolus tremblant‖ la retint dans ses bras.« Laisse-moi ! Lui dit-elle,‖ il me faut son trépas !« Crois-tu que j’aie un cœur‖ si large ?… cette haine« Doit en sortir d’abord,‖ pour que l’amour y vienne !« Tu sais tout : lui vivant,‖ je ne te connais pas !…

« Mais si l’on te disait‖ qu’en baisers de ma bouche« Je payerai sa blessure‖ et tous ses cris d’effroi !« Mais si l’on te disait,‖ pour que cela te touche,« Que cet homme, après tout,‖ est mon maître et mon roi !« Qu’il veille, gardien sombre,‖ au chevet de ma couche !« Qu’il faut marcher sur lui‖ pour arriver à moi !

« Que lui mort, nous pouvons‖ nous aimer sans partage,« Qu’il est de douces nuits,‖ et des jours sans nuage !« Qu’il serait dur vraiment‖ qu’un autre nous gênât,« Et que l’amour vaut bien‖ qu’on ose l’attentat !« ‒ Va, fit Pantabolus,‖ j’accepte le message !« ‒ Demain ? Dit Melænis.‖ ‒ demain ! » dit le soldat.

Elle tendit sa lèvre‖ au gros légionnaire.« Nous nous verrons ici,‖ dit-elle, c’est juré ! »Puis glissant de ses bras,‖ elle bondit à terre ;L’hôtelier, sur le seuil,‖ paraissait affairé,Il repassait le gain‖ de la journée entière ;Il avait le nez rouge‖ et le front balafré.

Quand Melænis reprit‖ le chemin de Suburre,La lune, au fond du ciel,‖ ébauchait sa figure,Le soleil descendait,‖ et ses derniers rayonsJetaient un manteau rouge‖ à l’épaule des monts ;Elle glissait rapide‖ à l’œil, à l’aventure,Comme pour fuir son cœur.‖ Au faîte des maisons,

Le vent du soir tordait‖ la fumée en spirale,Et, fixant sur le seuil‖ la barre transversale,L’échoppe des marchands‖ se fermait à grand bruit ;Quelques rares flambeaux‖ brillaient par intervalle,Tandis qu’on entendait,‖ sur la brise qui fuit,Cet adieu qu’en partant‖ le jour jette à la nuit !…

Comme elle s’engageait‖ dans une voie obscureQui serpente et se tord‖ au pied de l’Esquilin,Une réflexion‖ vint la frapper soudain :« Si le soldat tremblait,‖ dit-elle, qui m’assure« Que le fer jusqu’au fond‖ fouillera la blessure,« Et que Paulus, au cœur,‖ sera percé demain ?… »

Mais elle tressaillit‖ d’une joie inconnue,Et ses yeux, qui sondaient‖ les maisons de la rue,Lancèrent tout à coup‖ un regard triomphant ;Un jeune esclave noir‖ passait en ce moment,Avec un vase plein‖ sur son épaule nue :« Staphyla ! Cria-t-elle.‖ ‒ en face ! » dit l’enfant.

Staphyla ! Staphyla !‖ La vieille campanienne,Qui va hochant la tête‖ et murmure tout basDes mots mystérieux‖ que l’on ne comprend pas !…Melænis y courut,‖ puis, respirant à peine,Elle frappa trois coups‖ à la porte de chêne,Et dans la grande salle‖ on entendit des pas.

La sorcière allongea,‖ par un étroit passage,Son front, qu’avait rayé‖ l’ongle du désespoir,Sa peau mate tranchait‖ sur son costume noir ;Ses cheveux longs encor,‖ mais blanchis avant l’âge,Tombaient plus en désordre‖ autour de son visageQu’en cette nuit fameuse,‖ où Paulus vint la voir.

« Qui frappe ? ‒ ouvre sans peur,‖ dit la danseuse pâle,« C’est l’amour outragé !‖… c’est la vengeance aussi !…« ‒ Qu’ils entrent, fit la vieille,‖ on les connaît ici ! »Et, dans l’ombre, grinça‖ la porte de la salle,Et leurs pieds, tour à tour,‖ frappant la froide dalle,Éveillaient maint écho‖ sous le dôme noirci.

Pour peu que mon lecteur‖ ait la mémoire agile,Il reverra, d’un trait,‖ la maison de Staphyle,Tout ce monde effrayant‖ qui se tord sur les murs,Se suspend aux cloisons,‖ bruit aux coins obscurs ;Et la lampe de fer,‖ dont le rayon mobileFait danser, aux lambris,‖ mille groupes impurs !

Rien n’était donc changé ;‖ seulement, la poussière,Manteau que l’oubli donne‖ aux choses de la terre,Couvrait la table antique‖ et le vase sculpté ;Tandis que, se berçant‖ au plafond solitaire,L’araignée aux longs bras,‖ partout avait jetéSur les squelettes nus,‖ un linceul argenté !

Les lieux prennent leur part‖ de la tristesse humaine,Et nous laissons au mur‖ l’ombre de notre cœur ;On jugeait, en entrant,‖ que la magicienneCourbait son front plus bas,‖ sous le poids du malheur ;La pierre des pavés‖ semblait suer la peine,Et tout l’antre gémir‖ d’une immense douleur !

Melænis s’arrêta :‖ « toi, qui sais tout sur terre« Et dont l’art souverain‖ marche au niveau des dieux,« Je l’aimais !… j’étais folle !‖ Il a ri de mes feux !…« Venge-moi !… » puis, soudain,‖ pour aider sa prière,Elle jeta de l’or,‖ luisant dans la poussière ;La vieille, à cet aspect,‖ crispa ses doigts nerveux ;

Un feu rapide et clair‖ jaillit de sa prunelle :« Ces philtres, ces onguents,‖ tout est pour toi, dit-elle,« Parle ! Et sa main glacée‖ entraînait Melænis ;« Veux-tu voir, en un jour,‖ ses jeunes ans ternis ?« Son front chauve, creusé‖ d’une ride éternelle ?« Et tout son corps tremblant‖ sur ses pieds engourdis ?…

« J’ai le cumin sauvage‖ et l’herbe de colchide« Qui font pâlir la face‖ et s’éteindre les yeux.« Du serpent Sepédon‖ j’ai le venin fameux :« Quatre gouttes au plus‖ de ce poison fluide« Changent l’adolescent‖ en un vieillard livide,« Qui va, le dos courbé,‖ sans barbe et sans cheveux.

« S’il traverse les flots,‖ si son coursier l’entraîne,« S’il tend, près du foyer,‖ sa coupe à l’échanson,« Ma fille ! Avec trois mots‖ j’arrêterai sans peine« Son vaisseau sur la mer,‖ son cheval dans la plaine,« Ou d’un cercle fatal,‖ fermant son horizon,« J’enchaînerai ses pieds‖ au seuil de sa maison !

« ‒ Non ! Cria Melænis,‖ ce n’est point mon affaire !« Avant d’avoir sa mort‖ il me faut son amour !« ‒ Alors, je puis t’offrir,‖ répliqua la sorcière,« Dans une peau de grue,‖ un poumon de vautour,« Ou ce pourpier charnu,‖ cueilli dans l’onde amère,« Qu’on mêle à l’orge blond‖ et qu’on dessèche au four. »

Puis la vieille, joignant‖ les gestes aux paroles,De sa torche rougeâtre‖ éclairait les fioles,Les coupes, les bassins‖ suspendus aux lambris :« Voici le sang caillé‖ d’une chauve-souris,« Voici des dents d’aspic‖ avec leurs alvéoles« (mais ces charmes ne vont‖ qu’aux femmes) ; tout compris,

« C’est un philtre d’amour !‖ » demanda la sibylle.La danseuse reprit :‖ « qu’il soit aussi de mort ! »Et jetant sur la table‖ une autre pièce d’or :« Je veux qu’il m’aime et puis‖ qu’il meure ! ‒ c’est facile,« Il faut, dit Staphyla,‖ quelque recette habile,« Qui le pousse à la tombe‖ en le brûlant d’abord !

« Mais tu dois, avant tout,‖ te guérir de ta peine ;« Je vais mêler, pour toi,‖ dans une coupe pleine,« La cendre de vipère‖ à l’huile de cyprès,« Puis la chèvre brûlée‖ au feu d’un mort, après…« ‒ Non, reprit l’autre. ‒ après,‖ » dit la magicienneQui, pour toute infortune,‖ avait des philtres prêts,

« Tu prendras la clupée,‖ une pierre assez belle,« Que cherchent les pêcheurs‖ à la lune nouvelle,« Et qu’on trouve en fendant‖ la tête d’un poisson ;« Puis tu regarderas‖ avec attention« L’oiseau Charadrius,‖ dont la puissance est telle,« Qu’on guérit, à le voir,‖ de toute passion !…

« ‒ Je ne veux pas guérir !‖ Cria la jeune fille ;« Commençons !… l’heure échappe !‖… et le temps est compté !… »La sorcière fait trêve‖ à sa loquacitéEt plante, sur le banc,‖ la torche qui pétille :« Quel est son nom d’abord,‖ son âge et sa famille ?…« ‒ Son nom ?… dit Melænis,‖ je l’ai trop répété !

« Son âge ?… il va mourir !‖… sa famille ?… qu’importe !…« Qu’il soit esclave ou roi,‖ ma haine est assez forte« Pour briser, en tombant,‖ sa couronne ou ses fers !« ‒ Alors, dit la sibylle,‖ agissons d’autre sorte,« Évoque-le toi-même,‖ et, fût-il aux enfers,« Il viendra !… sur cette eau‖ reste les yeux ouverts !

« Penche-toi, sans parler,‖ regarde au fond !… » Staphyle,Tout en disant ces mots,‖ dans un coin ténébreuxPrit un baquet étrange,‖ au ventre spacieux,Et, gémissant de peine,‖ avec sa main débile,Elle vida dedans‖ une amphore d’argileDont le flot, sous la lampe,‖ étincelait aux yeux !

Ensuite elle plongea‖ dans la cuve profondeUn miroir argenté,‖ qui rayonna sous l’onde ;Puis, courant par la salle,‖ elle mit près du bordDes flambeaux résineux,‖ couverts de poudre encor,Et l’on eût vu, tandis‖ qu’ils brûlaient à la ronde,Sur la nappe d’azur‖ trembler des cercles d’or !…

Le reste de la chambre‖ était perdu dans l’ombre,Quelques tisons fumeux‖ craquaient dans le foyer,Et le glapissement‖ du renard familierTroublait seul, par instants,‖ la solitude sombre…La vieille marmottait‖ des paroles sans nombre,Et courbée à demi‖ sur des lames d’acier,

Suivait, d’un doigt tremblant,‖ mainte ligne bizarre,Alphabet monstrueux‖ d’un langage inconnu.Près d’elle est Melænis ‒‖ le baquet les sépare ‒Elle jette sur l’eau‖ son regard éperdu,Dans l’immobilité‖ de l’aigle ou de l’avareQui fixe le soleil‖ ou contemple un écu !

Les deux têtes, que frappe‖ une flamme incertaine,Se détachent en plein,‖ sur le fond rembruni ;Face à face, à deux pas,‖ le sort avait uniLes deux extrémités‖ de la misère humaine ;Ce voyage à travers‖ la douleur et la haine,L’une le commençait,‖ l’autre l’avait fini !…

« Que vois-tu ? ‒ rien encore !‖ ‒ il viendra ! » dit Staphyle.Le silence se fit‖ solennel et profond ;Et de nouveau la vieille,‖ avec sa voix tranquille :« Que vois-tu ?… ‒ je vois l’eau‖ qui tourbillonne au fond !…« ‒ Il viendra ! » Melænis‖ se penchait immobile,Et le doute à l’espoir‖ se mêlait sur son front.

Mais soudain Staphyla‖ vit pâlir son visage,Un frisson secoua‖ ses membres, et ses yeuxBrillèrent : « l’eau se trouble !‖… et c’est comme un nuage« Qui tourne !… quelque chose‖ a paru dans les feux !…« Dieux !… c’est lui !… cria-t-elle‖ en se dressant, l’image !…« Là !… mais tout fuit… le philtre !‖ Il le faut ! Je le veux !…

« Sa lèvre dédaigneuse‖ essayait un sourire…« Je l’ai bien vu, ma mère,‖ il me raillait encor !…« Allons !… » puis entraînant‖ la vieille avec effort :« Plus de grâce, à présent,‖ c’est l’heure qu’il expire ! »On eût dit à la voir,‖ la bacchante en délire,Quand sonne le tambour‖ et la cymbale d’or.

La sorcière éteignit‖ les torches. L’âtre antiqueResplendit tout à coup‖ d’une flamme magique,Que la vieille excita‖ sous son souffle glacé.Dans un vase d’airain,‖ sur les tisons dressé,Sang des morts, noirs venins,‖ plante au suc exotique,Tout bouillonne et frémit,‖ pêle-mêle entassé ;

Et Staphyla, parfois,‖ dans la marmite pleine,Jette des ossements‖ pris aux dents d’une chienne,Des cailloux qu’en tombant,‖ la foudre a calcinés,Et de longs clous ravis‖ aux croix des condamnés,La nuit, lorsque le vent‖ qui pleure dans la plaine,Fait craquer du gibet,‖ les grands bras décharnés !

Puis rêveuse, elle écoute,‖ ainsi que des augures,Brûler en pétillant‖ des feuilles de laurier,Et dans la cendre éparse‖ alentour du foyer‒ Selon les bruits du feu,‖ variant ses postures ‒Elle trace des ronds‖ et d’étranges figures,Avec un bâton blanc,‖ fait en bois d’olivier.

Melænis à côté,‖ regardait la fuméeSortir en longs filets‖ du philtre bouillonnant ;Quand soudain Staphyla,‖ pâle et l’œil rayonnant,Se leva d’un seul bond,‖ la main d’un fouet armée,Et tira de sa boîte,‖ à deux crochets fermée,La toupie au flanc creux,‖ qui bruit en tournant :

« Va ! Dit-elle, agitant‖ les sifflantes lanières,« Dans ton cercle sonore‖ enferme son destin,« Tourne, tourne toujours !‖… sur le mont Esquilin,« La lune aux pieds d’argent,‖ glisse dans les bruyères,« Et les morts, inquiets‖ sur leurs couches de pierres,« Se dressent, écoutant‖ ton murmure lointain !

« Qu’il tombe avant le jour !‖ Que dans la nuit glacée,« Il ait, pour tout linceul,‖ comme un sombre inconnu,« L’aile du vautour fauve‖ et l’ombre du ciel nu !« Tourne ! Tourne !… » et sa voix‖ haletante, insensée,Sa chevelure grise,‖ à son front hérissée,Ses yeux sanglants, ses doigts‖ crispés, son bras tendu,

Tout passait, tout grinçait,‖ ainsi qu’un rêve étrange,Devant la courtisane‖ immobile d’effroi…« Tourne ! Tourne plus fort !‖… c’est l’amour qui se venge !« Le feu flambe au foyer !‖ L’air siffle autour de moi !« À la lèvre du vase‖ écume le mélange !« Ô cieux, lancez la foudre !‖ ô terre, entr’ouvre-toi ! »

Mais sa voix s’éteignit,‖ arrêtée au passage,Une froide sueur‖ sillonna son visage,Et le fouet, à ses mains‖ échappa brusquement ;Elle se tint d’abord,‖ droite et sans mouvement,La lèvre en sang, l’œil fixe,‖ et couvert d’un nuage,Puis, sur les durs pavés‖ s’affaissa lourdement.

« À l’aide ! à moi ! » cria‖ la danseuse effarée.L’écho seul répondit,‖ et l’antre spacieux,Ainsi qu’un grand tombeau,‖ resta silencieux !Alors, comme ferait‖ une mère éploréeÀ son enfant qui meurt,‖ sur son sein gracieuxElle appuya la tête,‖ âpre et décolorée.

Elle la réchauffait‖ sous son souffle tremblant,Et de ses doigts légers,‖ soulevait sa paupière :« Pourquoi dormir toujours ?‖… éveille-toi, ma mère !« ‒ Où suis-je ? Dit Staphyle,‖ oh ! J’ai le front brûlant,« Les pieds glacés ! Enfant‖ de la vieille sorcière,« Adieu !… je vais mourir !‖ Fantômes au pas lent,

« Avec vous, sur les monts‖ où le cyprès frissonne,« Je glisserai demain‖ sous le pâle croissant.« Ô larves des tombeaux,‖ préparez ma couronne !« D’un agneau nouveau-né‖ faites couler le sang !« Terre, adieu ! J’ai vécu !‖ Durant les nuits d’automne,« Je ne m’assoirai plus‖ au foyer rougissant !

« Je n’écouterai plus‖ le vent gémir dans l’ombre,« Je n’irai plus cueillir‖ seule, au fond des grands bois,« L’herbe qui fait aimer.‖ Adieu, retraite sombre« Où sur les maux passés‖ j’ai pleuré tant de fois !« Ô nature ! Nature‖ aux mystères sans nombre,« Je puis fermer mes yeux,‖ ils ont surpris tes lois !

« Je sens un souffle ardent‖ qui m’arrache à la terre !« Je veux mêler mon âme‖ à l’océan vermeil !« J’irai dans les rameaux‖ du cèdre solitaire !« Dans la brume des nuits,‖ dans les feux du soleil !…« Terre, adieu ! J’ai vécu !‖ » la voix de la sorcièreVibrait étrangement,‖ et son regard, pareil

Au flambeau qui s’éteint,‖ envoyait plus de flamme ;Quelque chose de grand‖ planait sur cette femme.Enfin, se roidissant‖ par un dernier effort :« Ma fille, approche-toi,‖ voici venir la mort !« Je confie à ta foi‖ le secret de mon âme ;« Sois discrète !… fit-elle‖ en hésitant encor.

« ‒ Pourquoi, dit Melænis,‖ chasser toute espérance ?…« J’appellerai, j’irai !‖… » mais la vieille : « silence !« La destinée est sourde,‖ on ne l’arrête pas !« Ce frisson de mon corps,‖ c’est le froid du trépas.« C’est l’éternelle nuit‖ qui sur mes yeux s’avance !…« ‒ Parle ! » dit Melænis,‖ en se penchant si bas

Que ses cheveux bouclés‖ frôlaient la moribonde.La sorcière reprit :‖ « en quelque lieu du monde« Qu’il se cache à tes yeux,‖ fût-ce chez l’empereur,« Tu chercheras demain‖ Paulus gladiateur !…(Melænis tressaillit‖ d’une angoisse profonde.)« Tu lui diras : ta mère‖ est morte sur mon cœur !…

« ‒ Toi, sa mère ! » cria‖ la danseuse en démence ;Le front de Staphyla‖ prit un air soucieux.« Tu connais donc Paulus ?‖ ‒ je le connais. ‒ tant mieux !« Pour qu’il ne rougît point‖ d’apprendre sa naissance,« Vingt ans, dis-lui cela,‖ j’ai gardé le silence,« J’ai refoulé mon cœur,‖ j’ai fait taire mes yeux !

« Dis-lui que son regard,‖ dis-lui que sa parole,« Quand il venait me voir,‖ poussé par quelque ennui,« Me faisaient du bonheur‖ pour tout un jour ! Dis-lui« Que mes pleurs ont lavé‖ ma jeunesse frivole,« Et que ce dernier cri‖ d’une âme qui s’envole« N’eut pour témoins que toi,‖ le silence et la nuit ! »

Sa voix s’affaiblissait,‖ et son souffle débileRâlait, comme le vent‖ dans les feuillages morts !De longs frémissements‖ lui parcouraient le corps ;Enfin, elle reprit :‖ « s’il cherche par la ville« Son père, écoute bien,‖ c’est Marcius l’édile !… »Melænis se dressa‖ comme avec des ressorts.

« Son père !… Marcius !‖… grands dieux ! L’ai-je entendu ?… »La sorcière à sa voix‖ se levait par degrés.« Oh ! Fit-elle en ouvrant‖ des yeux démesurés,« Achève !… ‒ je ne puis !‖ ‒ parle ! ‒ je t’ai perdue !« C’est ton fils que j’aimais !‖… ‒ c’est mon fils que je tue !… »Elle heurta son front‖ entre ses poings serrés,

Puis elle retomba,‖ la tête sur la dalle,Avec un cri si fort‖ qu’il fit trembler la salle !Et l’on n’entendit plus‖ que le soupir lointainDu liquide écumant‖ dans son vase d’airain,Tandis que du foyer‖ la lueur sépulcraleJetait sur le cadavre,‖ un reflet incertain.

Versification

Forme
137 sizains (sizains)
Rimes
57(abbaab) 34(aabbab) 27(ababab) 6(abbaba) 5(ababba) 1(abbbaa) 5(aababb) 1(abaabb) 1(aabbac)
Mètre
Alexandrins· profil 6+6
Strophes
137 sizains
Mots à la rime
a parole / rôle / l’épaule féminine, équivalenteb Dion / passion / lion masculine, classiquea âme / lame / femme féminine, classiqueb vérité / jeté / côté masculine, classiquea d’Alcide / splendide / Aristide féminine, classiqueb tumultueux / ennuyeux / vertueux masculine, classiquea tragédie / incendie / génie féminine, classiqueb couteau / flambeau / tableau masculine, classiquea immense / circonstance / balance féminine, classiqueb escrimeurs / mœurs / gladiateurs masculine, classiquea victoire / gloire / prétoire féminine, classiqueb César / poignard / tard masculine, classiquea trempées / enveloppées / épées féminine, classiqueb passions / talons / ambitions masculine, classiquea suprême / lui-même / diadème féminine, classiqueb aimer / consumer / m’enflammer masculine, classiquea fameux / furieux / glorieux masculine, classiqueb lame / femme / hippopotame féminine, classiquea publique / tunique / portique féminine, classiqueb retard / l’écart / regard masculine, classiquea charrue / barbue / nue féminine, classiqueb cité / fierté / côté masculine, non classiquea l’empire / conspire / rire féminine, classiqueb l’affront / traîneront / front masculine, classiquea galeries / flatteries / broderies féminine, classiqueb divin / main / soudain masculine, classiquea ramassée / baissée / pensée féminine, classiqueb voir / devoir / l’espoir masculine, classiquea escorte / m’importe / porte féminine, classiqueb ancien / très-bien / patricien masculine, classiquea brille / fille / famille féminine, classiqueb joyeux / aïeux / dieux masculine, classiquea honneur / empereur / gladiateur masculine, classiqueb destine / j’imagine / origine féminine, classiquea homme / comme / assomme féminine, classiqueb épouvanté / gaieté / répété masculine, classiquea fidèles / ailes / prunelles féminine, classiqueb moineau / fourreau / l’oiseau masculine, classiquea nuptiale / morale / salle féminine, classiqueb d’or / effort / encor masculine, classiquea arrière / première / fière féminine, classiqueb lieux / furieux / yeux masculine, classiquea l’incendie / engourdie / réjouie féminine, classiqueb volupté / côté / sincérité masculine, classiquea puissance / d’espérance / immense féminine, classiqueb flots / dos / matelots masculine, classiquea amère / terre / arrière féminine, classiqueb nus / inconnus / Vénus masculine, classiquea l’âme / flamme / lame féminine, classiqueb divin / demain / soudain masculine, classiquea travers / vers / verts masculine, classiqueb Bovilles / guenilles / filles féminine, classiquea délire / sourire / dire féminine, classiqueb passait / poussait / fait masculine, classiquea s’envole / frivole / l’épaule féminine, classiqueb d’airain / destin / main masculine, classiquea pâle / intervalle / rivale féminine, classiqueb profonds / monts / façons masculine, classiquea réclame / femme / âme féminine, classiqueb nuit / lui / fuit masculine, classiquea profonde / fronde / vagabonde féminine, classiqueb joyeux / épineux / yeux masculine, classiquea vie / folie / d’insomnie féminine, classiqueb cité / d’été / côté masculine, classiquea ceinture / impure / souillure féminine, classiqueb main / chemin / demain masculine, classiquea perdue / rue / inconnue féminine, classiqueb s’envola / cela / trembla masculine, classiquea cesse / l’ivresse / tendresse féminine, classiqueb flambeaux / beaux / tombeaux masculine, classiquea peine / déchaîne / haine féminine, classiqueb nom / maison / dit-on masculine, classiquea touche / bouche / couche féminine, classiqueb poignard / regard / tard masculine, classiquea colère / terre / solitaire féminine, classiqueb voi / moi / toi masculine, classiquea regrettes / inquiètes / fêtes féminine, classiqueb comment / empressement / maintenant masculine, non classiquea main / destin / demain masculine, classiqueb peut-être / paraître / maître féminine, non classiquea éperdue / rompue / vaincue féminine, classiqueb bras / pas masculine, classiquea fine / poitrine / latine féminine, classiqueb tremblants / blancs / enfants masculine, classiquea affreuse / furieuse / qu’amoureuse féminine, classiqueb d’or / mort / essor masculine, classiquea silence / immense / espérance féminine, classiqueb cité / emporté / répété masculine, classiquea tranquille / immobile / ville féminine, classiqueb brûlants / étincelants / blancs masculine, classiquea Carènes / haines / incertaines féminine, classiqueb pas / combats masculine, classiquea chevelure / d’armure / obscure féminine, classiqueb agrandi / midi / retenti masculine, classiquea sue / tue / rue féminine, classiqueb d’airain / main / vin masculine, classiquea ouverture / murmure / peinture féminine, classiqueb corridor / accord / d’or masculine, classiquea palpitante / glissante / béante féminine, classiqueb tombeau / caveau / oiseau masculine, classiquea salle / inégale / intervalle féminine, classiqueb épars / regards / parts masculine, classiquea fumeuse / vineuse / joyeuse féminine, classiqueb accoudés / dés masculine, classiqueb saccadés / effrontés masculine, classiquea Capoue / joue / m’enroue féminine, classiqueb côtés / irrités masculine, classiquea retroussée / pressée / épicée féminine, classiqueb pas / plats / cervelas masculine, classiquea tendresse / cesse / ivresse féminine, classiqueb Jupiter / fer / mer masculine, équivalentea place / vorace / grâce féminine, classiqueb pas / bras masculine, classiquea humide / numide / splendide féminine, classiqueb brillants / saillants / bruyants masculine, classiquea militaire / fière / légionnaire féminine, classiqueb nation / clairon / nom masculine, classiquea gloire / histoire / noire féminine, non classiqueb main / vin / soudain masculine, classiquea muraille / bataille / taille féminine, non classiqueb curieux / merveilleux / deux masculine, classiquea belle / elle / ruisselle féminine, classiqueb regards / Mars / chars masculine, classiquea rugueuse / danseuse / creuse féminine, classiqueb soldats / bras / combats masculine, classiquea pêle-mêle / escabelle / sentinelle féminine, classiqueb flots / pots / dos masculine, classiquea monde / fronde / ronde féminine, classiqueb sang / rougissant / s’élargissant masculine, classiquea bataille / taille / valetaille féminine, classiqueb soldats / bas / pas masculine, classiquea inconnue / nue / répandue féminine, classiqueb pâli / pli / poli masculine, classiquea l’audace / cuirasse / grâce féminine, classiqueb forts / ressorts / corps masculine, classiquea stupide / vide / rapide féminine, classiqueb main / vin / fescennin masculine, classiquea hardies / mélodies / arrondies féminine, classiqueb carrefours / toujours / contours masculine, classiquea fébriles / mobiles / juvéniles féminine, classiqueb mur / dur / obscur masculine, classiquea légère / entière / lumière féminine, classiqueb vermeil / réveil / soleil masculine, classiquea belle / d’elle / rebelle féminine, classiqueb encor / fort / effort masculine, classiquea penche / blanche / avalanche féminine, classiqueb plier / d’acier / soulier masculine, classiquea batailles / murailles / entrailles féminine, classiqueb mouvants / vents / éclatants masculine, classiquea mains / lointains / germains masculine, classiqueb guerres / meurtrières / entières féminine, classiquea pleine / haleine / gaîne féminine, classiqueb curieux / yeux / joyeux masculine, classiquea épouvantable / table / louable féminine, classiqueb connus / Crépitus / répandus masculine, classiquea posture / murmure / mûre féminine, classiqueb escabeaux / rameaux / ormeaux masculine, classiquea sombre / nombre / l’ombre féminine, classiqueb Pantabolus / plus / irrésolus masculine, classiquea pose / chose / pause féminine, classiqueb défaut / haut / faut masculine, classiquea monde / profonde / confonde féminine, classiqueb l’appelle-t-on / pardon / nom masculine, classiquea joue / boue / l’avoue féminine, classiqueb rampé / occupé / frappé masculine, classiquea l’appelle / reprit-elle / chancelle féminine, classiqueb celui / lui / aujourd’hui masculine, classiquea chaîne / haine / vienne féminine, classiqueb bras / trépas / pas masculine, classiquea bouche / touche / couche féminine, non classiqueb d’effroi / roi / moi masculine, classiquea partage / nuage / message féminine, non classiqueb gênât / l’attentat / soldat masculine, classiquea légionnaire / terre / entière féminine, classiqueb juré / affairé / balafré masculine, classiquea Suburre / figure / l’aventure féminine, classiqueb rayons / monts / maisons masculine, classiquea spirale / transversale / intervalle féminine, classiqueb bruit / fuit / nuit masculine, classiquea obscure / m’assure / blessure féminine, classiqueb l’Esquilin / soudain / demain masculine, classiquea inconnue / rue / nue féminine, classiqueb triomphant / moment / l’enfant masculine, classiquea campanienne / peine / chêne féminine, classiqueb bas / pas masculine, classiquea passage / l’âge / visage féminine, classiqueb désespoir / noir / voir masculine, classiquea pâle / salle / dalle féminine, classiqueb aussi / ici / noirci masculine, classiquea agile / Staphyle / mobile féminine, classiqueb murs / obscurs / impurs masculine, classiquea poussière / terre / solitaire féminine, classiqueb sculpté / jeté / argenté masculine, classiquea humaine / magicienne / peine féminine, non classiqueb cœur / malheur / douleur masculine, classiquea terre / prière / poussière féminine, non classiqueb dieux / feux / nerveux masculine, classiquea prunelle / dit-elle / éternelle féminine, classiqueb Melænis / ternis / engourdis masculine, classiquea colchide / fluide / livide féminine, classiqueb yeux / fameux / cheveux masculine, classiquea l’entraîne / peine / plaine féminine, classiqueb l’échanson / horizon / maison masculine, classiquea affaire / sorcière / amère féminine, classiqueb amour / vautour / four masculine, classiquea paroles / fioles / alvéoles féminine, classiqueb lambris / chauve-souris / compris masculine, classiquea sibylle / facile / habile féminine, classiqueb mort / d’or / d’abord masculine, classiquea peine / pleine / magicienne féminine, classiqueb cyprès / après / prêts masculine, classiquea belle / nouvelle / telle féminine, classiqueb poisson / attention / passion masculine, classiquea fille / pétille / famille féminine, classiqueb compté / loquacité / répété masculine, classiquea qu’importe / forte / sorte féminine, classiqueb fers / enfers / ouverts masculine, classiquea Staphyle / débile / d’argile féminine, classiqueb ténébreux / spacieux / yeux masculine, classiquea profonde / l’onde / ronde féminine, classiqueb bord / encor / d’or masculine, classiquea l’ombre / sombre / nombre féminine, classiqueb foyer / familier / d’acier masculine, classiquea bizarre / sépare / l’avare féminine, classiqueb inconnu / éperdu / écu masculine, classiquea incertaine / humaine / haine féminine, classiqueb rembruni / uni / fini masculine, classiquea Staphyle / tranquille / immobile féminine, classiqueb profond / fond / front masculine, classiquea visage / nuage / l’image féminine, classiqueb yeux / feux / veux masculine, classiquea sourire / expire / délire féminine, classiqueb encor / effort / d’or masculine, classiquea antique / magique / exotique féminine, classiqueb glacé / dressé / entassé masculine, classiquea pleine / chienne / plaine féminine, classiqueb calcinés / condamnés masculine, classiquec décharnés / laurier masculine, classiquea augures / postures / figures féminine, classiqueb foyer / d’olivier masculine, classiquea fumée / armée / fermée féminine, classiqueb bouillonnant / rayonnant / tournant masculine, classiquea lanières / bruyères / pierres féminine, classiqueb destin / Esquilin / lointain masculine, classiquea glacée / insensée / hérissée féminine, classiqueb inconnu / nu / tendu masculine, classiquea étrange / venge / mélange féminine, classiqueb d’effroi / moi / entr’ouvre-toi masculine, classiquea passage / visage / nuage féminine, classiqueb brusquement / mouvement / lourdement masculine, classiquea effarée / éplorée / décolorée féminine, classiqueb spacieux / silencieux / gracieux masculine, classiquea tremblant / brûlant masculine, non classiqueb paupière / mère / sorcière féminine, classiquea lent / croissant masculine, classiquea frissonne / couronne / d’automne féminine, classiqueb sang / rougissant masculine, classiqueb bois / fois / lois masculine, classiquea terre / solitaire / sorcière féminine, classiqueb vermeil / soleil / pareil masculine, classiquea flamme / femme / âme féminine, classiqueb effort / mort / encor masculine, classiquea espérance / silence / s’avance féminine, classiqueb pas / trépas / bas masculine, classiquea moribonde / monde / profonde féminine, classiqueb l’empereur / gladiateur / cœur masculine, classiquea démence / naissance / silence féminine, classiqueb soucieux / mieux / yeux masculine, classiquea parole / frivole / s’envole féminine, classiqueb ennui / Dis-lui / nuit masculine, classiquea débile / ville / l’édile féminine, classiqueb morts / corps / ressorts masculine, classiquea entendu / perdue / tue masculine, classiqueb degrés / démesurés / serrés masculine, classiquea dalle / salle / sépulcrale féminine, classiqueb lointain / d’airain / incertain masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 0.7· écart moyen à la rime classique 0.2

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

822 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Melænis : conte romains, Paris, M. Levy, 1857· numérisation CNRTL (Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales) http://www.cnrtl.fr/corpus/frantext/frantext.php· Sources